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J'aimerais mieux être dans un bar. un bar PMU. Sur la route des vacances, un bar PMU avec une terrasse en plastique sur une place à platanes. Il fait chaud, le chat, en laisse, a sa gamelle à lui sous la chaise de Maman. Il y a un croque-monsieur plein de béchamel dans mon assiette et un verre de menthe à l'eau devant moi. Je ne sais pas où on est mais en tout cas, ça ne ressemble pas à là où on habite, ici, les gens sont des gens de vacances qu'on ne croise qu'en vacances. Dans le bar PMU, il y a du carrelage moucheté par terre, des bruits de verres qui tintent, un barman, des habitués accoudés qui parlent trop fort, une télé que personne ne regarde.


J'aimerais mieux être à la cafétéria d'une autoroute, avec les familles qui viennent de partout et qui partent partout, des gens qui ne viennent pas du même endroit que nous et qui ne vont pas au même endroit que nous, qu'on ne reverra jamais. Des gens en tenues confortables pour supporter plus facilement la grande route interminable, avec des enfants excités de ne pas avoir bougé longtemps, et aussi des routiers qui sont au boulot, là, mine de rien. Dans un autre espace-temps, une pause sur une route sur laquelle on doit rouler sans s'arrêter, dont on ne peut sortir qu'à des points stratégiques. Les gens qu'on croise là ne sont pas des gens qui existent dans la réalité. Et manger un steack haché pas bon, mais en forme de nuage.

J'aimerais mieux être sur un chemin de montagne, dégouliner à cause de la chaleur sèche associée à l'effort de la montée, gourde de menthe à l'eau dans le sac à dos, me dire que c'est trop dur et que plus jamais je ne recommencerai pareille ascension, et en fait être super émue par ce qu'il y a autour, les sauterelles, les herbes jaunes, la vue, le soleil qui tape, le silence, les cloches des vaches ou des moutons au loin, les fleurettes, les chalets sur la route, les gens qu'on croise, super équipés avec chaussures de rando et bâton de marche, les odeurs qui sont comme du miel mais qui ne se photographient pas et qu'on ne peut pas ressortir d'une boîte, l'hiver, quand on s'ennuie dans sa cuisine. Il faut s'en souvenir, c'est le seul moyen. Il y a aussi la fierté d'arriver en haut, le plaisir de penser que maintenant ça va descendre, et puis finalement, constater que descendre c'est encore plus crevant. A la maison, il y a le plaisir d'enlever ses chaussettes et d'avoir les mailles imprimées dans la peau. Et j'adore les odeurs de pieds, ça m'émeut.

J'aimerais mieux être l'hiver, sur la côte Normande, désertée de ses touristes, marcher sur une promenade de bord de mer triste mais belle, prendre le vent dans la face, admirer les belles maisons, puis remonter dans la voiture et entendre à la radio les meilleurs tubes de Véronique Sanson sur France Bleue Basse-Normandie et avoir à ce moment-là plein d'idées, de projets qui germent, d'envies qui se bousculent.

J'aimerais mieux être assise à une table avec un poulet rôti.