couac

samedi 17 janvier 2015

merci

Vous êtes une bande de gens super moelleux. Et merci pour vos petits mots, je me sens mieux accompagnée... Et puis ça m'a fait du bien de dire ce qui se passait.

Le problème des virages à 90° qu'on n'avait pas vu arriver, c'est qu'ils rendent le décor entièrement flou, pas juste le petit coin là en haut à gauche. Ca ajouté à la remise en question traditionnelle des trente ans, c'est un peu fort de café si vous voulez mon avis. Bon, alors, où suis-je, que veux-je ? Hop, à mon stylo, ne copie pas sur ton voisin Couac-Couac ! (bah non, certainement pas, je n'ai pas envie de vomir dans le hall d'entrée sans rien nettoyer, merci (ah mais ce n'était pas elle, c'était son invité, elle lui a envoyé un mail pour qu'il vienne nettoyer mais il n'est pas venu, c'est pas de sa faute !)).

Bref. A la fois, quel plaisir de savoir que tout est à inventer. Et quelle peur de se tromper...

A part ça : vous vous y connaissez en persil, vous ? Parce qu'on en a un qui est en train de devenir tout jaune. Il faut l'arroser tous les jours mais genre tous tous ?

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jeudi 15 janvier 2015

C'est quand même dur en fait. La dernière fois que j'ai écrit là j'étais sous emprise d'Arcade Fire, je ne vois que ça comme explication.
C'est un vrai pain dans la tronche qui arrive à un moment où j'étais en confiance. C'est traumatisant, humiliant, choquant.
Je ne dors plus du tout la nuit parce que je fais la liste de ce qui m'atttend (entre autres, faire la queue chez Actiris et faire la queue à la capac (parce qu'il paraît que la fgtb et la csc c'est nul)). Quand mes collègues m'ont parlé de ça, j'ai eu les larmes aux yeux tellement j'ai pas du tout envie, pas de temps à perdre à ça, autre chose à faire. En plus, comme je veux revenir en France, je vais sûrement ajouter à ces plaisirs simples un petit rendez-vous chez Pôle-Emploi à Lille.
Bon, à chaque fois que j'arrive au travail, j'ai les larmes qui montent. Mes collègues ne me disent plus "salut ça va ?" mais un petit "salut..." gêné. Sans compter ceux qui font semblant de ne pas me voir (oui oui). Enfin, ceux-là, ce ne sont pas ceux de la partie de l'équipe avec laquelle je bosse. Parce que eux, ils sont bien. Ils me malaxent le bras, me sourient, me coachent et me disent que c'est carrément injuste ce qui m'arrive et qu'ils sont tristes.
Il y a aussi cette collègue (pas de mon équipe) qui me dit juste "il faut voir ça sous un angle positif" et celui qui me dit "je me suis rendu compte que si ça m'arrivait, finalement, ce ne serait pas négatif, ce serait pour moi un bon coup de pied au cul", à qui j'ai envie de dire "ah mais on échange hein, pas de souci !".
Bon, je le dis pour que la note soit complète mais bien sûr j'ai une boule dans la gorge et je remets ma vie entière en question. Je suis complètement déprimée. Malgré les projets, enfin surtout un.
Je n'aime pas cette pression des cinq mois qui me restent, beaucoup mais pas beaucoup. Je n'aime plus trop être au travail, je me sens déjà à l'écart, un peu comme la poubelle qu'on a oublié de sortir et qui doit rester encore trois jours dans la cuisine alors qu'elle ne sent pas bon et qu'elle encombre (et qui ne sert à rien vu qu'elle est fermée).
Je ne vois plus le décor de la même manière, c'est immédiatement devenu inconnu, plus du tout familier.
Je suis nostalgique de tout ce qui s'est passé pour moi, là. Je suis triste que ça se termine comme ça. Je suis fatiguée.
Comme j'avais les lamres aux yeux l'autre matin, mon patron m'a serrée dans ses bras. C'était bizarre et soulageant.
Ils vont me manquer, tous ces gens.

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mardi 13 janvier 2015

2015
1ère semaine : 30 ans
2ème semaine : attentats
3ème semaine : licenciement économique, remerciée par mon patron.

Tout le monde n'a pas la chance de se faire virer en s'entendant dire d'une personne en larmes, qu'il est un papillon venu se poser là quelques années en apportant le bonheur, mais qui doit repartir parce qu'on a besoin de lui ailleurs (là j'ai vraiment failli pleurer).
J'étais en train de travailler à mon poste, à côté d'un collègue, et puis elle est venue me chercher, les larmes aux yeux, elle m'a dit "Elisabeth, P. et moi on voudrait te parler, c'est assez grave...". J'ai demandé si j'avais été trop en retard, elle m'a caressé le bras en me disant "mais non, si c'était que ça !...". Là on se sent flancher, on a le coeur qui rate un battement, je dis "vous me mettez dehors ?!", elle me dit, "Tu verras, P. va te dire". Je la suis dans l'ecalier, je lui dis "non mais vous allez me virer ?!", elle me dit "tu vas voir". Et puis me voilà dans cette petite salle de réunion où avant, je tirais mon lait, je dis "dites-moi parce que là je suis bien stressée". P. me dit "Mais tu peux. Assieds-toi". Et là, PAF, la nouvelle. Le virage mal éclairé qu'on n'avait pas vu venir.

Et ma rétrospective continue dans ma tête, qui m'empêche de dormir.
Je suis ces soirées à regarder Les Jeux d'Interville en chemise de nuit, cette nuit où on a vu la voie lactée dans le ciel du Gers, ces places couvertes, ces vestiges de romaineries en mosaïque, cette fille qui malaxe les verrues qui dépassent du filet à chien tendu entre les deux sièges avant de la voiture, cette fille qui joue à l'élastique sans élastique, substitué par deux lignes d'entre-pavés parisiens. Je suis cette fille qu'on soulève par le haut de son collant pour le remonter comme il faut, et que c'est trop bon, cette fille qui se dit en 1993 qu'elle pleurera toutes les années en 3 toute sa vie, cette fille qui frotte tellement le bout de la moquette de sa chambre du bout des doigts que ça finit par brûler. Je suis cette fille qui fait le voeu, en lançant une pièce dans la fontaine, de se faire payer aussitôt un pain au chocolat, et que ça marche. Je suis cette fille qui a envie de chanter Arcade Fire en allant au boulot mais qui n'ose pas, je suis cette fille qui profite d'avoir un bébé en porte-bébé pour chanter dans la rue, comme si c'était vraiment uniquement pour lui. Je suis ce pull troué par les mites mais que j'aime trop mais qu'à chaque fois que je le porte je me sens un peu nulle.

Quand j'étais petite, j'imaginais que le chat ne mourrait pas tant que je ne l'aurais pas embrassé partout (et comme je ne souhaitais pas l'embrasser partout...). Je me figurais qu'un zizi ressemblait à une saucisse Herta, je trouvais que la plus grande femme du monde du livre des records était la plus belle femme aussi et qu'elle avait la classe d'être aussi grande (la petite en rouge à côté me semblait minus). Je trouvais que les prénoms de mon père et de mon frère étaient les plus beaux de la terre et j'espérais n'avoir jamais de garçon parce que je ne voyais vraiment pas quel autre prénom donner. Mon père me prenait dans ses bras pour monter l'escalier le soir et il m'appelait "ma poupée", j'étais fascinée par les omoplates de ma soeur, je trouvais que c'était très beau de n'ouvrir les yeux qu'à moitié, jusqu'à ce qu'une copine me demande pourquoi je faisais un regard bovin.
Quand j'étais plus jeune, je ne tombais amoureuse que de garçons homosexuels, comme je prenais mon courage à deux mains pour aller leur parler (avant de savoir qu'ils l'étaient), j'avais beaucoup de copains homosexuels. On me disait souvent "tu es pure" et je n'ai jamais compris pourquoi. Je mettais du rouge à lèvres avant d'aller me coucher, je priais quand ça m'arrangeait même si je n'étais pas croyante. Je me disais que j'étais jeune.

Je ne sais pas ce qui se passe, ça doit être le grand remue-méninge de la trentaine dont on m'a parlé.

Sans compter les projets, les plans que j'échafaude, les possibles que j'étudie en me disant qu'il faut profiter de l'occaz', les choses que je n'aurais jamais imaginé faire et que je vais peut-être faire, une de ces choses, c'est sûr. Trop bien.

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vendredi 2 janvier 2015

Une nouvelle année qui commence, la précédente même pas encore adoptée. Je me crois encore en 2013. Il faut que j'écrive plus de lettres avec date en haut à gauche, ça m'aiderait.
Alors comme ça, en une seconde, on passe de décembre, en bas, dans les tréfonds, à janvier, en haut, au soleil.
On achète des bottines rouges à me faire pâlir d'envie mais en pointure 20, on les enfile et on sort juste devant la porte de l'immeuble. Je pose l'enfant à terre, il marche comme dans de la neige sauf qu'il n'y a pas de neige, ça a l'air de faire bizarre de marcher avec des chaussures pour la première fois.
Il marche, souriant, heureux, infatigable, serrant deux de mes doigts dans sa main (sinon c'est encore la chute). Je réalise que c'est la première fois qu'il a une si bonne visibilité, pas de parent gênant devant les yeux. Il est fou de joie. Il s'intéresse de près aux roues des voitures, aux bouches d'égoût, à la petite mousse entre les pavés, aux pavés, aux plantes. Il n'arrête pas les "'gad' !" ("regarde !"). Il rigole avec tous les gens qui lui adressent la parole, il veut un morceau de ces sandwiches mangés par des touristes devant la cathédrale. Il veut suivre les chiens, poser sa main sur tous les poteaux au bord du trottoir.

Depuis que j'ai arrêté d'allaiter Joachim il y a trois semaines, j'ai des espèces de bouffées de bonheur, un sentiment de plénitude, et un souvenir qui me revient en boucle.

Je suis à l'école primaire, c'est le début du printemps. On a sorti les habits d'été et rangé ceux d'hiver. C'est le matin, on sort pour aller à l'école, on a juste une culotte, une robe d'été, un gilet d'été et des socquettes dans des sandales. Il fait encore frisquet le matin. On sent le frais sur nos jambes. Ca sent les fleurs, les feuilles qui poussent, l'herbe qui verdit. Des oiseaux chantent, mais bien. C'est pas juste des pigeons, ce sont des oiseaux mélomanes et de différentes sortes qui nous offrent un concert de bonheur.
Eventuellement on va à l'école en courant dans nos cordes à sauter. Ca sent la fin de l'année, tout le monde a l'air plus détendu et plus heureux. On passe par l'allée des glaïeuls et les jardins sont bondés de verdure et d'oiseaux. Ou bien on passe par le parc dont je garde un souvenir majestueux.
Le bonheur, c'est ça pour moi.

Janvier, ça ressemble toujours au printemps.

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dimanche 30 novembre 2014

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Je trouve la vie très chaleureuse en ce moment, et c'est miraculeux parce que normalement, journées courtes riment dans ma tête avec gros cafard, pluie, froid, fatigue, marre. Et bien là, non.

C'est grâce à ma nouvelle phrase magique que je me dis à peu près vingt fois par jour, "ce qui est fait n'est plus à faire", du coup je fais tout ce que j'ai à faire, je ne laisse plus traîner ce bouchon de rouge à lèvres blanc par terre, je fais tout de suite les lits, je m'occupe de la paperasse dès que j'y pense, etc.

C'est grâce à un équilibre nouveau, émerveillant, qui se dessine dans notre petite et jeune famille. Non parce que voilà, avec J. le Grand, on s'entend bien mais on se déchire aussi, on se déteste aussi, on en a marre l'un de l'autre, on se trouve mutuellement mal coiffés, on s'exaspère, bref, on ne s'amuse pas tous les jours. Surtout quand on a mal dormi et qu'on manque de temps pour nous deux et de temps pour soi-même tout seul. Il y en a toujours un de nous deux qui doute, qui n'est pas trop content de quelque chose, qui se réveille de mauvaise humeur ou carrément dépité et ça flingue toute l'ambiance d'une maisonnée. Et donc, depuis la naissance de J. le Petit, notre relation vacillait comme un fêtard à six heures du matin. Whou, whou, un jour ça allait et l'autre pas, une semaine ça allait et l'autre pas. Et puis là, ça y est, on se retrouve. C'est comme un retour d'Ecosse après dix jours sans se voir, sauf que ça aura duré bancalement onze mois. Et puis chacun de son côté a réglé des choses qui sommeillaient (pour moi, ce fut de m'occuper sans lui de Petit J. pendant trois jours chez mes amis, j'ai compris que j'en étais capable et j'ai pu tourner une page très raturée) et là, ça va. Ca va ça va bien. Presque plus de bas, et quand on sent que ça va mieux, et bien ça motive à faire en sorte que ça continue comme ça. Que c'est agréable... Aaaahhh... c'est un bain chaud après une balade dans la bouillasse...

Le mieux, l'aller-bien, ça donne une énergie ! Alors on fait plein de choses, seuls, à deux, à trois, et c'est bien, et c'est bien que ce soit bien et maintenant ce serait bien que ça reste bien.

C'est grâce à des illustrations qu'on m'a demandé de faire et que je suis heureuse de faire (bien qu'un peu stressée).

C'est grâce au sommeil qui m'est revenu. J'étais devenue insomniaque, rien à voir avec le jeune poulet qui dort douze heures par nuit depuis une dizaine de jours. C'était comme ça, mystérieux. Et puis là, j'ai mis à mon oreiller  une taie d'oreiller trop petite pour lui et du coup ça le tasse un peu, ça le rend plus épais et je dors beau-coup mieux ! Voilà, c'était mon oreiller qui était trop raplapla. J'en étais sûre parce que j'avais remarqué que lorsque J. le Grand se levait pour s'occuper de Petit J. le matin,  et que je me rendormais en superposant nos oreillers, et bien il n'y avait plus de problème. Du coup, je crois que je vais investir dans un super oreiller de la mort qui tue, ça va être tip-top.

C'est grâce à ma toute nouvelle capacité à m'énerver quand je suis énervée, et à pleurer quand j'ai envie de pleurer. Je l'attendais et elle est finalement arrivée, à force de penser à elle. Vendredi, je me suis fâchée avec deux de mes collègues, je n'ai jamais été aussi heureuse de toute ma vie (j'exagère un peu). Déjà, j'avais trop raison d'être fâchée. Ensuite, j'ai dit tout ce que je pensais sans rien censurer, je n'ai pas réfléchi à la façon dont ils allaient le prendre mais je me suis plutôt concentrée sur ce que je pensais vraiment pour le dire très exactement, et puis à la fin j'étais tellement énervée que les larmes me sont montées aux yeux et je n'ai pas cherché à les retenir. Et après, je n'ai pas regretté de m'être fâchée. Et là je ne suis même plus fâchée contre eux.

C'est grâce à la perspective d'un voyage à Marseille début 2015, grâce à ces projets d'aller vivre ailleurs qui s'affinent. C'est aussi grâce à ce Noël chez nous avec mes parents qui se profile, et de nos discussions sur comment ça va être qu'on a, J. le Grand et moi. Plutôt salade au poisson grillé, plutôt rôti lardé ? Et le sapin, on va le mettre où ? Et on va jouer au Monop' ? Et Petit J., on lui offre quoi ? Aaaaah, c'est bien !

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mercredi 19 novembre 2014

(finalement, je raconte mon accouchement)

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Hier soir, heure par heure, je revivais le moment, ça m'a fait la même chose aujourd'hui :
18 novembre, 17h00 : oh, c'était dans ces eaux-là que ça a commencé, aux jeux du Parc Royal, avec M. et C....
19h00 : ça revenait et je commençais à me dire que... peut-être...
22h00 : encore !
minuit : je me couchais, vêtue de la chemise de nuit d'allaitement rose de l'amie chevelue, contractions en cadence, en me disant "oh non, je ne vais pas réussir à dormir, je vais être claquée pour mon accouchement !".
3h00 du mat' : vraiment impossible de dormir, je me levais, descendais, m'asseyais devant l'ordinateur éteint, téléphone posé sur le bureau (pour avoir l'heure précise), une feuille de papier et un critérium pour noter l'heure et voir si une régularité se dessinait.
4h30 : toutes les trois minutes depuis 1h30, j'allais réveiller J..
5h00 : on partait pour la maternité. Je n'en revenais pas, comme-ci c'était une surprise que ça arrive. J. ne disait rien et moi j'étais une pipelette surexcitée. On passait par la rue super pentue à côté de la cité administrative, et il y avait un poids lourd garé, avec le conducteur qui mangeait un sandwich au volant. Je contractai là.
Je recontractai dans l'escalier derrière le Gaston géant, qui mène au musée de la bd.
Je recontractai dans la rue du musée de la bd.
On arrivait aux urgences. Comme j'étais post-terme, on me forçait à m'asseoir sur une chaise roulante pour me mener à la maternité, alors que j'étais venue à pieds jusque-là. L'infirmière qui poussait la chaise me demandait si c'était le premier puis me disait une chose dont je ne me souviens plus mais me donnait la mesure de ce que j'étais en train de vivre et me filait un peu froid dans le dos.
A la maternité, j'étais à 3 et la sage-femme me disait que c'était pour maintenant.
Je marchais dans le couloir mais les contractions se ralentissaient.
Deux heures plus tard j'étais toujours à 3.
A 9h00, j'étais toujours à 3, les contractions, c'était juste tous les quarts d'heure, on me renvoyait chez moi, sous la pluie.
On croisait, en rentrant chez nous, tous les gens qui partaient au boulot. Je pleurais parce que je voulais que ce soit là, et que j'étais claquée vu que je n'avais pas dormi. On croisait M., M., et C. sur la route, dans la rue du musée du jouet, et je pleurais dans les bras de ma sœur qui me parlait comme à un bébé.
On se couchait en rentrant, J. s'endormait comme une masse et moi je pleurais.
M., M. et C. venaient manger chez nous à midi. Je passais mon temps installée dans le fauteuil, sans rien pouvoir avaler (l'émotion), à regarder les autres vivre, à discuter "accouchement" avec ma soeur qui m'envoyait des ondes positives qui me faisaient du bien. Mon beau-frère me parlait d'art et j'avais du mal à suivre, il me disait "ah, tu me dis quand la contraction est passée pour que je te re-parle". Mon neveu disait que le bébé allait sortir par le trou et on en restait comme deux ronds de flan (il avait deux ans, alors). Les contractions se rapprochaient et s’intensifiaient. Ma sœur tenait le portable et me disait "ah, toutes les trois minutes ! Tu vas en avoir une là !" et j'en avais une. Je frissonnais (l'émotion + la fatigue). Je me disais "oh la la". Je respirais comme on m'avait appris et ça marchait dans le genre apaisant. Ils repartaient. J'allais prendre une douche, les contractions ne passaient pas, elles se rapprochaient, même, encore. Je me disais, pour la première fois "et si en fait je n'avais pas envie d'avoir un enfant ?". Je sortais de la douche et disais à J. "on y va". Il était 17h00. On passait par la rue du musée du jouet, où je contractais allègrement. Je contractais devant la tour de la finance. Je contractais au passage piéton entre la tour de la finance et le trottoir de la clinique. Je contractais à l'arrêt de bus De Lijn (avec tous les gens qui attendaient leur bus pour rentrer chez eux après le boulot). Je ne m'arrêtais plus de contracter. Toutes les minutes. Je devais m'arrêter de marcher, me plier en deux, c'était très fort. J'avais mon coussin d'allaitement sur les épaules. A la clinique, je contractais devant les portes automatique de la maternité, je recontractais en arrivant dans le petite chambre où on allait m'ausculter. J'étais à 5, on me disait "pas mal !" et moi je disais, "quoi ? QUE 5 ? Je vais devoir attendre encore minimum cinq heures comme ça ?!". On me forçait à m'allonger pour installer des capteurs sur mon ventre pour écouter le cœur du bébé. J'avais hyper mal, allongée. Je préférais assise au bord du lit. Je disais que je voulais essayer sans péridurale. La sage-femme partait dans une autre pièce téléphoner à mon gynéco pour lui annoncer mon accouchement, et on l'entendait, au téléphone, dire "elle veut accoucher sans péridurale et elle va y arriver parce qu'elle est extrêmement calme et qu'elle respire super bien". J'étais hyper fière...
Une heure plus tard, j'étais toujours à 5. On me disait que si à 20h00 j'étais toujours à 5, on allait percer la poche des eaux pour accélérer la cadence. On m'installait dans la salle de bal d'accouchement. Il faisait hyper froid parce qu'il venait d'y avoir un accouchement et qu'on avait ouvert toutes les fenêtres pour aérer pendant qu'on préparait l'endroit pour moi. Je continuais de contracter en toute quiétude. Je buvais un verre d'eau et mangeais des granny aux fruits rouges. Je pensais à ce que j'étais en train de vivre. Je demandais à J. d'appuyer avec sa tête dans le bas de mon dos quand une contraction montait, alors il était plié en deux derrière moi. Mon gynéco débarquait et planté devant moi qui fixais le sol, il disait à la sage-femme que j'étais géniale et elle disait que carrément (très américains ces médecins, très bon pour le moral). Je disais que je voulais accoucher accroupie et il me disait qu'il était d'accord pour être à quatre pattes pour accueillir mon bébé.
A 20h00, j'étais toujours à 5 malgré les contractions super fortes toutes les minutes. On perçait la poche des eaux et ça faisait "plop". Il avait fait caca dans mon ventre. On me demandait si j'avais eu un stress particulier et je ne voyais pas. Les contractions pinçaient encore plus. A cause du caca, on plaçait des capteurs sur sa tête, dans mon ventre, et ça lui faisait donner des coups dans tous les sens dans mon ventre. Je l'imaginais dans un ventre tout sec et desséché et ça ne m'encourageait pas, je le préférais dans son bain chaud.
A 21h00, j'étais à 6. A 22h00, j'étais encore à 6 et je commençais à déprimer et dépérir. Je m'asseyais sur un ballon, J. me soulevait par-dessous les bras à chaque contraction. Je ne contrôlais plus les mouvements de mon corps, j'étais embarquée, comme on m'avait dit, j'étais emportée par les vagues. A 23h00, j'étais à 7. Je disais que je n'allai jamais tenir, que c'était trop long. La sage-femme m'encourageait. Je lui demandais si c'était ça la fameuse période de désespérance. Elle me disait que oui. A minuit, j'étais à 8. A 1h00, j'étais toujours à 8. A 2h00, j'étais toujours à 8. Je disais "vite, une péridurale !". On appelait mon gynéco. Il me disait "ne regrettez pas, vous avez été très bien mais là c'est vrai que ça devient vraiment trop dur". Je ne regrettais rien, je n'en pouvais plus, je n'arrivais même plus à tenir ma tête, entre endormissement à la fin de chaque contraction et réveil dans la douleur chaque minute suivante. On m'encourageait à manger et à boire mais je ne pouvais rien avaler. La sage-femme me disait qu'elle avait vécu le même accouchement que moi, avec volonté d'y arriver sans péridurale et col qui stagne, et finalement péridurale. Je disais que le seul truc, c'est que j'aurais bien aimé accoucher accroupie.
On m'enfilait une blouse d’hôpital, j’ôtais mon pull gris à coudières. On me piquait, on me disait de ne pas bouger et c'était dur. On me disait de ne pas avoir peur et je n'y avais même pas pensé. Après, je n'avais plus mal du tout, assez vite. On entendait des gens applaudir et crier de joie dans la salle d'à côté, en même temps qu'un premier cri qui me file la chair de poule rien que de l'écrire. La sage-femme disait "vous êtes les suivants". On se regardait avec J. et on se disait "on est les suivants". Brrr.... J. s'endormait dans un fauteuil. Je sommeillais sans réussir à m'endormir (l'émotion).
A 3h00, j'étais à 9. La sage-femme me disait "on va bientôt pouvoir y aller, dans une petite heure". Je lui demandais de ne pas revenir dans la pièce en disant "allez, c'est maintenant", sous peine que je perde tous mes moyens. Je lui disais "faisons semblant que c'est un coup d'essai, pour voir si je pousse comme il faut. Ne disons pas que c'est la vraie fois". Elle riait. Comme je ne sentais plus mes jambes, j'avais peur de ne pas pouvoir pousser. Je me mettais à trembler en voyant l'heure, la dernière heure, tourner sur l'horloge en face. Je me mettais à trembler comme une feuille, comme avant l'opération de la grossesse extra-utérine, comme si j'étais congelée, comme avant l'oral du bac de français. Je me disais "on va enfin rencontrer ce bébé" et ça me semblait irréel. Je pensais que quelqu'un allait sortir de moi et j'avais l'impression d'être dans une autre dimension. La sage-femme revenait et me disait que j'étais à 10 et que si je sentais que ça poussait, je devais la rappeler. Elle disait qu'elle sentait la tête du bébé. On lui demandait si elle sentait des cheveux et elle disait que oui mais pas des masses. L'émotion était à son comble. Ça poussait. La sage-femme revenait en disant qu'elle n'arrivait pas à joindre mon gynéco, et que du coup elle allait prendre en charge cet accouchement et qu'elle était hyper contente parce que frustrée que ce soit toujours les gynécos qui s'en chargent. J'étais ravie parce que je l'adorais, Corinne. Je lui disais qu'à moins que la vie ou la mort d'un de nous deux en dépende, je ne voulais pas qu'elle me fasse d'épisiotomie, que je préférais être déchirée. J'avais une trouille bleue de l'épisiotomie. Elle me disait d'accord.
Elle s'asseyait au pied du lit ou j'étais simplement assise, et elle me disait "tiens, allez-y, poussez pour voir ?" et je poussais et elle me disait que c'était pas mal du tout. Elle appelait l’étudiante pour qu'elle vienne voir. Je poussais et j’étais euphorique de pousser. Il était quatre heures. Elle me disait "ah, je vois sa tête. Eeeeh, j'avais raison, il a quelques cheveux mais pas des masses, vous voulez voir ?". Je disais que oui, l'étudiante partait chercher un miroir. On frappait à la porte, c'était un coup de fil urgent pour la sage-femme, elle disait "ok, je vous laisse, je reviens mais en attendant, continuez comme ça, c'est très bien !". On se retrouvait tous les deux et demi, et je poussais quand ça poussait et on se disait "eh trop marrant, on est en train d'accoucher tout seuls !". On m'apportait un miroir, je voyais ce haut de crâne qui sortait de moi en me disant "oh my". La sage-femme revenait et me disait qu'elle avait appelé la gynéco de garde, faute de joindre le mien. J. n'en loupait pas une miette et était aussi surexcité que moi, lui qui était plutôt silencieux jusqu'alors... Il allait de la tête sortante du bébé à la mienne, me pressait la main, me disait "eh mais tu pousses bien plus que 20 secondes en fait !". Je donnais tout ce que je pouvais. La gynéco venait et disait tout bas à la sage-femme "c'est son premier ? ben dis-donc elle a pas peur, elle fait ça bien !" (american'attitude). Je n'en revenais pas d'être en train d'accoucher. J'adorais. Je sentais que quelque chose de gros forçait le passage, mais sans avoir mal. Le luxe. On me disait "au fait, on va peut-être vous installer !". On me proposait sur le côté mais comme j'y arrivais bien sur le dos je préférais sur le dos. On me mettait les jambes, qui n'existaient plus pour moi, dans des étriers. La sage-femme, qui me vouvoyait pendant les contractions, me tutoyait pendant l'expulsion. La tête sortait. On coupait le cordon, enroulé autour du cou. Je poussais, je stoppais, comme on me disait. La gynéco disait "ça devient très blanc, là". La sage-femme disait "non, je sens encore de l’élasticité" et ne coupait pas. Il naissait. Trou noir. Je demandais à quelle heure il était né, finalement, et personne n'avait pensé à regarder, la sage-femme disait "oh, il devait être quelque chose comme 4h57". Vingt minutes plus tard, on me l'installait dans les bras, je le regardais, il me regardait, et je me disais "on dirait Ticky Holgado !".

Bon, ben c'était il y a un an... C'est un anniversaire très émouvant, bien plus que mes anniversaires à moi. C'est un anniversaire qui dure trois jours, le 18, le 19, et le 20 novembre.

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lundi 10 novembre 2014

ce matin/ce soir

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mardi 4 novembre 2014

Dans la rue, j'ai croisé un groupe d'étudiants, et l'un d'eux disait "nan mais moi à douze ans j'avais déjà des poils".

J'ai failli laisser crever mon clémentinier mais je me suis reprise.

Petit J. a une passion pour les plantes vertes, les arbres et même les fleurs en plastique, ce qui me réjouit.

J'ai vu Etienne Daho en vrai et j'étais à moins de vingt mètres de lui à vol d'oiseau. Je connaissais toutes les chansons par coeur, le public était pas mal ambiancé secrétaire en pré-retraite mais il y avait toutes sortes de gens. Ca m'a fait le même effet que si je voyais Mickaël Jackson ou Madonna sur scène : le sentiment de rencontrer une légende.

Etienne Daho m'évoque une fois où on roulait en famille, au printemps, sur cette route reliant Poissy et Saint-Germain-en-Laye, au milieu de la forêt le long du golf, pour aller nous acheter des nouvelles sandales dans le magasin où il y avait un très grand cheval à bascule en bois avec vraie crinière : on l'avait entendu à la radio et je m'étais sentie profondément bien.

A Rennes, on a tout fait pour le rencontrer, mon ami M. et moi. On est sortis là où on avait entendu dire qu'il sortait, on a rencontré un mec qui se disait être son meilleur ami, on a rencontré un mec dont la mère avait fait une coloc' avec lui pendant ses études, rue de Nemours. On a vu une interview de lui à la télé, où il disait "j'adore Rennes, j'adore y retourner". Mais on ne l'y a jamais croisé... A Bruxelles, je connais un mec qui l'a déjà rencontré dans un bar, et qui était accompagné d'une fille qui l'a accosté et qui a chanté avec lui ! Bref, je gravite autour de lui mais je ne le rencontre jamais dans la vraie vie, il faut que J. le Grand m'offre des places qui coûtent peau du'c pour mon anniv', pour que je puisse le voir à vingt mètres alors que je pourrais lui faire la bise si j'avais un peu de chance, groumf !

Bon, ok, c'est une chance d'avoir un copain qui m'offre des places pour le voir. D'accord, d'accord...
Quand j'ai rencontré J. le Grand, il m'a dit "Hein, t'aimes Etienne Daho !!??!!??" et je lui ai dit "ouais, tiens, je te prête ce double-album pour le week-end" et quand je l'ai retrouvé le lundi, il m'a dit "ah mais j'adore en fait !". Ah ah ! J'ai aussi réussi à lui faire aimer Benjamin Biolay (et ilo adore même ne fait, et pourtant c'était pas gagné...). Par contre, Véronique Sanson, c'est l'échec total.

Tous les soirs, je remets tous les livres dans l'étagère, tous les cd dans le range-cd, les 100 cubes dans le baril.

Petit J. dit "pain", "cd" et presque "banane". J'aime ses priorités.

Il y a des travaux de voirie dans mon quartier et il va y avoir un arbre ou deux au bout de ma rue. Chouette !

Un an plus tard, j'ai enfin cessé de perdre mes cheveux.

Aujourd'hui, en plein après-midi, j'ai bu une flûte de mousseux pour fêter le premier an du snack en bas de l'immeuble.

Je souhaite que demain soit au moins aussi chouette qu'aujourd'hui.

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jeudi 30 octobre 2014

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Et finalement j'ai re-disparu. Mais je reviens. J'aime bien, ici.

Bientôt, nous fêterons le premier anniversaire de Petit J.. A cette occasion, des sentiments mêlés me reviennent, l'excitation et le trac de l'attente, la joie et l'incroyable de l'accouchement, mais aussi des relents de choses faites ou entendues qui n'auraient pas dû être faites ou dites, à la maternité. Des regrets que j'ai sur le coeur depuis lors, l'impression de m'être privée de quelque chose en étant très mal alors que j'avais un adoré petit bébé dont profiter. Je me sens enfin prête à remplir ce formulaire de satisfaction proposé par la maternité. L'hôpital ami des bébés n'est pas forcément l'ami de la maman.

Si je pouvais faire exectement ce dont j'ai envie, je prendrais rendez-vous avec les gens qui ont suivi ma grossesse et mon accouchement. J'ai été très frustrée de partager une telle aventure avec des personnes que j'ai appréciées (et qui m'ont suivie dans le vrai sens de "suivre" : j'ai fait des choix, elles ont dit oui - j'ai eu vachement de chance) et puis une fois l'aventure "grossesse" terminée, de ne plus les revoir,voilà, comme ça. Sans plus.

Je suis partie en vacances, d'abord seule avec mon enfant, et puis ensuite en petite famille avec mon cher Grand J..
Les premiers moments, juste avec Petit J.. C'était trop bien ! On est allés chez des amis, qui nous ont dorlottés, mais vraiment. C'était comme un massage d'épaules mais à l'échelle de la vie, des journées. Un délassement offert, comme ça, par amitié. Petit J. a découvert les sardines et comble de l'incroyable, ce n'est pas son père, qui en est friand, qui lui a fait goûter, mais moi quis suis censée ne pas aimer ça mais qu'en fait je me suis rendu compte que c'était super bon. Et la bonne nouvelle : privée de sardines par méconniassance depuis 29 ans, mon quotat de sardines à manger est énorme ! Je n'y ai pas encore touché et c'est cool parce que vu comment j'ai entamé le quotat chocolat...

J'ai présenté Petit J. à un prof des beaux-arts du Havre.  Je me souviens d'un premier rendez-vous pour parler de mon travail à l'école, où on a effectivement parlé de mon travail, puis du sien, puis on s'est mis à deviser sur la vie. Il y a des fois où l'amitié, ça commence directement, on dit parfois qu'on n'a pas besoin de se parler ni de se voir souvent avec ses amis, pour que le lien reste et qu'on se retrouve comme si on n'avait jamais été séparé. Et bien des fois, ça commence aussi comme ça. On est directement ami.
J'avais donc revu cet amiprof une fois depuis Le Havre, il avait fait une halte à Bruxelles sur son chemin. C'est peu, et alors j'ai toujours peur que ça ne colle plus quand je vais retrouver les gens. Comme ça collait bien avant mais qu'il y a eu du temps, j'ai peur que les lignes aient été faussement parallèles et se soient subrepticement éloignées sans qu'on le voie, en croyant se suivre.
Je tape le code en bas, je monte les six étages, mon bébé endormi contre moi, mon sac de rando sur le dos (je ne peux pas voyager léger avec mon bébé, vu que comme doudous il a choisi un pull angora et une couverture en alpaga (et qu'au cas où, je voyage aussi toujours avec son lion, pour qu'il reconnaisse un peu le décor), c'est lourd, j'ai trop chaud et un peu la trouille. Et puis en haut, il y a deux portes, chacune décorée d'une carte postale, une poétique genre sacs de lavande sur un marché provençal, et une improbable, je choisis l'improbable et c'est banco. Et puis là il y a un grand canapé, une peau de vache par terre, de la farine de maïs dans un placard, une fenêtre ouverte sur une cour d'école en pleien récré. Petit J. machonne son croûton de baguette, observe de loin notre hôte, puis fini par se hisser sur ses deux pieds en se tenant à son genou. On se sent bien. je me laisse préparer des crêpes aux courgettes avec des oeufs sur le plat dedans, je bois l'infusion d'orties pas si mauvaise que ça. On discute quatre heures comme dix minutes, et je me sens infiniment entourée et reconnaissante.

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dimanche 28 septembre 2014

18 août

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