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Avant, j'avais du temps. Le matin, j'allais peinard bosser alimentairement, le midi je rentrais, je mangeais et puis l'après-midi, et bien je me disais qu'il fallait que je dessine, que j'avance dans mes projets, mais j'étais très méditative et je dessinais effectivement une heure, pour trois heures de rêvasserie. Ca m'allait très bien.

Un jour, j'ai réalisé que peu m'importait de gagner ma vie par l'illustration : ce qui m'intéressait, c'était de mener mes petits projets comme je l'entendais, peinarde (j'aime être peinarde). Bien sûr, j'avais envie d'être publiée, diffusée, d'avoir des jeunes lecteurs, j'avais envie de gagner éventuellement des sous comme ça (voire plein de sous) mais mon but n'était pas de gagner à tout prix des sous en dessinant, j'avais envie de m'offrir le luxe de ne participer qu'aux projets qui m'intéressaient, d'avoir le temps de réaliser mes projets à moi et pas de les faire passer après des projets qui m'auraient moyennement dit mais qui m'aurait rapporté un peu d'argent.

Parfois, je rencontrais des directeurs artistiques de maisons d'édition, enthousiastes, voire carrément excités en regardant mon travail, ce qui m'excitait aussi, et donnait des conversations animées et passionnées (je suis du genre réservée mais pas quand il s'agit de mon travail et que je suis face à un directeur artistique). Une fois, un de mes projets a failli être concrétisé, j'ai rencontré l'éditeur, deux fois, dans son bureau. Et puis finalement pas. Une directrice artistique m'a dit que mes cartes de voeux restaient toute l'année accrochées au-dessus de son bureau. Bref, rien de concret mais de quoi garder la motivation. Bon, et puis je dis "rien de concret"... je parle de l'édition. Parce qu'à côté de ça, j'ai reçu pas mal de commandes de faire-parts, j'ai décoré une caravane pour un restaurant (ce qui m'a ravie - j'en garde un souvenir grisant...).

Et puis, je suis tombée enceinte, et j'étais très sereine quant à ma possibilité de dessiner encore une fois mon bébé né. Je me disais qu'un bébé, ça faisait beaucoup de siestes et que ça me suffirait amplement pour dessiner (vu qu'on n'avait pas de place en crèche).

Et puis, Petit J. est né, et il se trouve qu'il trouve ça absolument impensable de faire sa sieste ailleurs que dans un porte-bébé, déjà que l'idée de faire une sieste, franchement, on se demande d'où ça peut bien nous venir une idée pareille (c'est bien une idée de parents tiens !) ! Et là, j'ai mis cinq mois à dessiner son faire-part de naissance (que je n'ai toujours pas fini d'envoyer d'ailleurs... hum...) alors qu'en plus, je savais à l'avance ce que je voulais dessiner ! Ce n'était que de la réalisation ! Cinq mois ! Il faut dire qu'il a eu une période où il n'acceptait de dormir que si il sentait le délicieux fumet du sein près de ses narines, du coup je dessinais  le bébé sur mes genoux, c'était acrobatique.

J'ai compris que sans crèche, ça allait être chaud de continuer le dessin.

Sauf que ! Il se trouve que juste avant d'accoucher, je ne pouvais plus dessiner non plus car assez tôt dans ma grossesse, j'ai eu mal au ventre quand j'étais assise (ce qui explique que je n'aie pas dessiné le faire-part avant la naissance), du coup j'écrivais allongée sur mon lit. Et donc, comme je n'ai aucun problème pour écrire en ayant un bébé endormi dans les bras, comme ça ne me pose pas de problème d'avoir juste trois minutes devant moi pour écrire (alors que pour dessiner, si. J'ai besoin d'un long temps pour bien réfléchir au trait que je vais faire avant de le faire) et que je peux donc le faire en mangeant mon sandwich le midi du jour où je bosse alimentairement toute la journée, et bien j'ai décidé de changer un peu de perspective et d'écrire.

Ca me contente. J'aime énormément écrire. Comme quand je dessine, je ne suis plus là où je suis mais je suis dans la scène. Mais c'est plus facile pour moi avec l'écriture. Je suis frustrée de ne plus dessiner (ou si peu). J'ai aussi peur de ne plus savoir le faire, après. Peut-être que je retrouverai le dessin avec un peu moins d'ingratitude qu'avant d'arrêter (parce que si vous saviez ce que je peux m'énerver sur ma feuille).

Par contre, ce qui a changé, c'est que maintenant, c'est devenu important pour moi que ça avance VITE. Alors qu'avant, je me laissais toute la vie, là, je n'ai pas envie que ça traîne. Je crois que c'est parce que j'ai très peu de temps pour moi, et parce que je vois le temps filer dix fois plus vite... Trouver un éditeur, gagner des sous en publiant un texte serait pour moi une fenêtre ouverte, une liberté nouvelle, un bol d'air frais. Les semaines passent tellement vite que je me sens prise dans un tourbillon, emportée dans le flux du toboggan de la piscine sans pouvoir m'accrocher à rien. J'ai un peu peur pour ma vie professionnelle depuis que je suis maman. Le fait de ne plus avoir le temps de rêvasser, de méditer, est compliqué pour moi, aussi. Paniquant.

Mes projets d'histoires restent les mêmes, même depuis Petit J.. Je ne suis pas très inspirée pour écrire des livres pour tout-petits. Lui, il aime les livres qui l'air de rien, racontent sa vie. Des choses très simples. Les pages qui l'intéressent sont celles où on change la couche du bébé, celles où il y a un bébé qui pleure, celles où il faut penser à emmener biberon et doudou, celles où il y a un chat ou un papa. Moi j'aime bien rentrer un peu plus dans les détails...

Je me dis qu'au pire, si je ne suis pas publiée par un éditeur, je m'auto-éditerai (j'ai déjà réfléchi à la question), et puis de toute façon, au pire du pire, ce ne sera pas si pire puisque j'aurai de toute façon au moins un lecteur (sauf si ce que j'écris/dessine le barbe comme pas permis, mais bon, on verra...) !



(bisous Gina Paillette !)