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9 mai 2020

la petite confinée au carré

Cette nuit, alors que je m'endormais la main sur le ventre, je sentais bien que ça s'agitait sévère à l'intérieur. Mais tout à coup, j'ai senti un truc hallucinant, une énorme boule (identifiée comme étant la tête) pousser, pousser, juste sous mon nombril, je sentais clairement cette bosse ronde sous ma main, qui remplissait ma main (en me demandant ce qu'elle cherchait à faire), et tout à coup, un grand grand remous, que j'ai identifié comme un retournement de la tête en bas vers la tête vers le haut. J'ai eu la sensation de sentir carrément le liquide amniotique faire des vagues (je doute de la possibilité de cette explication à mon ressenti). Et au petit matin, re-belote, j'ai été réveillée parce que je pense qu'elle s'est re-retournée, je rêvais que j'étais dans un restaurant étoilé et qu'on me servait une entrée à base de brioche grillée et d'oeuf poché (et j'étais lésée par rapport aux autres mangeurs autour de la table qui avaient vachement plus de brioche que moi), et son mouvement a été si fort qu'il s'est intégré à mon rêve, tout à coup, dans ce restaurant étoilé, j'étais enceinte (mais je n'avais aucun souci avec le fait de manger l'oeuf poché, bon, ok, c'était un restaurant étoilé, on peut espérer que les oeufs y étaient extra frais mais quand même, INCONSCIENTE !).

C'est dur d'imaginer qu'une personne aussi dynamique, puissante, et déterminée se révélera être dans trois mois, dans nos bras, un tout petit bébé en caoutchouc mou (comme dirait ma copine Pauline).

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8 mai 2020

confinement, rien à dire

Il y a des fois, comme ça, je ne sais vraiment pas quoi raconter. Je ne vais quand même pas raconter que ce matin, J. a rigolé parce que j'étais habillée exactement comme la prof de fitness pour femmes enceintes de Youtube ? Que J. avait déjà petit-déjeuné avec J. mais qu'il a re-mangé deux tartines beurre-miel avec moi ? Que pendant que J. était au jardin, nous on a joué au toboggan à billes et à Labyrinthe ? Que J. a pleuré parce qu'à un moment du jeu, il réfléchissait, réfléchissait et disait "c'est super dur ce jeu quand même", et je voyais qu'il avait un super chemin pour aller chercher son objet (il tenait sa carte avec une discrétion ratée), et j'ai fini par tenter de l'aider sans l'aider, en lui disant un truc du genre "dans les labyrinthes, le chemin qui semble le plus court n'est pas toujours le bon - peut-être tu devrais essayer un autre chemin ?", ah le drame ! Je sais bien qu'il ne faut jamais faire ça, jamais aider, surtout quelqu'un qui est en train de réfléchir, surtout un enfant qui n'a rien demandé, mais j'ai été rattrapée par mon humanité, il devait trouver un objet de l'autre côté du plateau, il avait incroyablement un chemin tout tracé pour y aller, je n'ai pas résisté - mais j'ai promis que je ne ferais plus jamais ça. Je ne vais pas vous raconter ça ?
Je ne vais pas vous raconter que ce midi, j'ai mangé un reste de riz-boeuf-navets confits au miel pendant que mes J. mangeaient de la potée au chou ? Que j'ai mal dormi pendant ma sieste parce que je me demandais comment on allait appeler le bébé ? Que j'ai travaillé efficacement cet après-midi, ce qui signifie que le week-end va être détendu ? Je ne vais pas vous raconter qu'au Perplexus expert, je n'arrive qu'au numéro 20 et après je perds systématiquement, mais J., lui, n'arrive qu'au numéro 3, donc je vais jusqu'au 16 (parce qu'il adore les petites bosses du 17), puis je lui passe la boule et que c'est lui qui continue ? Que J. est allé chercher le panier de légumes, que j'ai fait le menu, et que cette semaine on va manger de la quiche aux fanes de radis et au jambon, de la salade de pommes de terre nouvelles, des carottes râpées avec des oeufs durs et des scones au fromage, de la soupe de panais et de la tarte aux oignons nouveaux ? Je ne vais pas vous raconter que j'hésite à ajouter les ingrédients pour fabriquer soi-même sa pâte à tartiner, sur la liste ? Que j'ai rempli ma déclaration d'impôts, ce qui me soulage immédiatement les omoplates, et qu'en plus ça m'a permis de constater que je n'avais jamais gagné autant de sous avec mon activité d'illustratrice ? Mais pas encore assez pour payer des impôts ? Que le soir je lis Cabot-Caboche à J & J et que j'ai failli pleurer au moment de la fourrière, avec le Laineux qu'on aurait bien adopté, nous, même si J. a peur des chiens et que moi j'y suis allergique ? Ah ben si.

6 mai 2020

confinement, rien à voir

Je réfléchis beaucoup à plein de trucs en ce moment... Je repense notamment à l'été dernier, à la décision qu'on a dû prendre, au bébé dont nous nous sommes privés. J'ai une copine qui a aussi vécu une img il y a quelques années, son histoire est très différente de la mienne mais en certains points, nos expériences sont similaires. Et une chose que nous vivons toutes les deux est l'incapacité de certaines personnes à comprendre que nous puissions considérer ce bébé mort-né en pleine grossesse comme un de nos enfants. Ce serait comme une coquetterie, une façon de se faire remarquer. J'ai envie d'expliquer.

Alors voilà : ce bébé, on l'a désirée, on l'a attendue, on l'a même sentie bouger, on lui a parlé, et on s'est imaginé avec elle... On a pleuré pour elle. On a dû prendre une décision terrible pour elle. Une vraie décision de parents, que personne d'autre ne pouvait prendre à notre place. Y a-t-il une décision de parents plus grave à prendre que celle-ci ? On a vécu une expérience dramatique avec ce bébé, et rien que prendre cette impossible décision ne fait-elle pas de nous les parents de ce bébé, puissance mille ? Pendant tout ce temps de réflexion, on continuait de lui parler, de lui dire qu'on l'aimait, et on la sentait bouger de plus en plus, les semaines passant.
J'ai vécu des moments de partage avec mon bébé, je lui ai parlé en jardinant, en achetant des pêches et des abricots au marché. J'ai été unie à elle. Sa vie a été bien trop courte et très spéciale, elle a rendu la nôtre très spéciale aussi, elle a tout bouleversé, on a eu le coeur tout à l'envers. Je ne pense pas que je m'en remettrai tout à fait un jour. Je ne saurais jamais qui elle était. Elle n'est plus là mais elle est tout à fait là. On devient parents bien avant la naissance. Ce n'est pas pour faire genre, pas pour se faire plaindre, pas pour avoir l'air intéressants, c'est juste un fait.

5 mai 2020

J'aime bien cette photo sur laquelle on dirait

DSC08632J'aime bien cette photo sur laquelle on dirait que je cache un ballon de foot sous ma robe (qui n'est pas vraiment ma robe mais celle que ma copine Anne-Claire m'a prêtée, mais on s'en fout). Il est de notoriété publique que je ne ressemble pas du tout à ça (à part le ventre, les bras, les mains et le cou), mais comme vous ne me connaissez pas, j'en profite. Enfin si, toi, toi et toi, vous me connaissez, mais vous ne direz rien, je vous fais confiance.

J. est allé désherber le jardin en vue d'y planter ses semis devenus grands. En attendant je suis restée avec J. à la maison, on a joué à la dînette, à la randonnée bucolique, et dans chacun de ses jeux, malgré toute la meilleure volonté dont je suis capable, je me suis endormie, au point qu'il a fini par me proposer de jouer à faire une sieste à la belle étoile, il m'a apporté un coussin pour plus de confort et je me suis vraiment endormie par terre dans le salon, comme si je n'avais pas dormi depuis trois jours.

On teste toutes les recettes du livre de cuisine d'Ottolenghi que j'ai reçu à Noël (il s'appelle Simple) et incroyable mais vrai, il renouvelle bien notre flotte de bouquins de cuisine (alors qu'on en a une vraie collection qu'on a vraiment testés aussi). Toutes les recettes testées jusqu'à présent étaient intéressantes tendance succulentes ! Truc de dingue.

Vraiment, tant qu'on ne nous proposera pas un truc qui fait rêver (ça me fait tout de suite penser à Didier Super), je ne remettrais pas les pieds dans la vie habituelle. Inutile d'insister.

4 mai 2020

En Suède, les écoles et crèches n'ont pas fermé,

En Suède, les écoles et crèches n'ont pas fermé, sans mesures sanitaires poussées, et tout s'est bien passé.
L'école un jour sur deux, avec mille mesures de précaution, pour apprendre quoi ?
Il vaut mieux aller à l'école maintenant, s'habituer à ces mesures hallucinantes maintenant, avec un instituteur qu'on connaît bien, plutôt que découvrir tout ça en septembre, avec un maître inconnu.
Ce plan sanitaire est anxiogène et va angoisser les enfants.
Il faut bien se lancer pour éprouver le modèle, afin de le réajuster pour septembre.
Quelle frustration de voir ses copains et de ne pas pouvoir jouer avec eux.
Aller à l'école lundi prochain permet de les revoir, de leur dire au revoir, et à la maîtresse aussi.
Si il n'y a aucun risque à envoyer les enfants à l'école, pourquoi ce plan sanitaire ? Si ce plan sanitaire est mis en place, c'est que c'est risqué d'aller à l'école, alors pourquoi les rouvrir ?
Les enfants ont besoin de retrouver un semblant de normalité.
Hors de question que les enfants servent de cobayes, ni les maîtres et maîtresses.
On ne va pas rester confinés toute notre vie.
Ces mesures sanitaires sont impossibles à mettre en place.

(Phrases lues, entendues, pensées ces derniers jours.)

C'est l'ambivalence.

J. n'a pas tellement envie de retourner à l'école. Il est content de bricoler avec nous, de tester toutes les expériences de Youpi, tous les bricolages de Biscoto, d'aller courir sur la piste de vélocross, de rester en pyjama jusqu'à 15h30, de lire Gaston dans son lit le matin en attendant que le p'tit dej' soit prêt, de transvaser les semis dans de plus grands pots, et même pourquoi pas de faire ses devoirs l'après-midi (sauf si il y a de l'écriture au programme, brrr...).

On verra.

Je mesure ma chance d'attendre un bébé, plutôt que d'attendre la fin du confinement. J'en reviens pas (genre je ne réalise pas DU TOUT) de penser qu'on va à nouveau faire des bisous sur des joues molles, nettoyer des fesses grandes comme des balles de ping-pong, nettoyer des bodies pleins de caca, entendre la respiration endormante d'un bébé qui tète, revivre la vie avec le mini animal qu'est le nourrisson, reparler avec une voix gâteuse, se faire faire pipi dessus plusieurs fois par jour, avoir un bébé tout mou contre nous.

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3 mai 2020

C'est déjà le moment où les semis sont

C'est déjà le moment où les semis sont suffisamment costauds pour que J. leur fasse passer la nuit sur le froid du palier pour les habituer (pauv'bêtes).
C'est déjà 5 jours avant le 7ème mois. Je fais des listes mentales de tout ce que nous ne préparons pas pour l'arrivée de ce bébé. Nous voulions proposer à J. de choisir un body et un doudou dans des magasins lyonnais mais ça a été repoussé. Toutes les fringues taille naissance, 1 mois, 3 mois, sont en Normandie, ainsi que le couffin. Le biberon n'a pas de tétine, le coussin d'allaitemment est plat et archi-plat, le porte-bébé n'a pas d'adaptateur pour nourrisson, nous n'avons pas d'écharpe de portage, je n'ai pas de soutien-gorge d'allaitement. Nous n'avons pas mis à jour notre stock (très très élimé) de couches lavables, nous n'avons pas de couches jetables taille naissance, nous avons 6 lingettes lavables pour nettoyer les fesses des bébés. Il va être temps de faire sa place à cette enfant, et de réaliser qu'on sera une de plus dans pas si longtemps.

Pour les 6 ans de J., nous lui avons offert un lecteur-cd, que nous avons installé dans sa chambre. Mais un jour, grosses larmes entendues de loin. Nous accourons, et nous le trouvons assis par terre à côté du poste, le mode d'emploi à la main, nous expliquant entre deux sanglots qu'il vient de lire qu'il y a un rayon laser là-dedans, que c'est trop dangereux et qu'il est absolument hors de question qu'il garde un tel objet dans sa chambre. Impossible de le raisonner. Ok, nous installons le poste dans la cuisine (bon, je vous passe la période où du coup il ne voulait plus entrer dans la cuisine...), c'est cool, on peut écouter de la musique en cuisinant... Mais du coup, c'est comme si J. n'avait pas eu de cadeau d'anniv', on voudrait réparer ça mais là encore c'est en attente.

Notre levain a fini ses jours dans notre poubelle, suite à une erreur triste : nous conservons ce que nous éliminons lors des rafraîchis au frigo, dans un pot en verre. Mais hier, nous nous sommes trompés, nous avons mis ce surplus dans le pot contenant la crème de thon, et nous avons mélangé le levain-chef avec la cuillère thon-yaourt... On recommence tout demain. On a le temps.

2 mai 2020

Ca m'a semblé être un petit moment parfait :

DSC08619

Ca m'a semblé être un petit moment parfait : rentrer du dehors où il pleuvait, retirer ses bottes et son imper, se laver les mains, puis filer sous la couette avec un Gaston... Allumer la petite lumière.
Et ce soir, dîner en pyjama, d'une bonne soupe bien chaude, en écoutant un podcast de Maman les P'tits Bateaux (et finir le repas par un de ces petits biscuits chocolat-piment).

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