mercredi 18 novembre 2015

Livres lus à J. le 17 novembre.

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(pour voir lesquels reviennent le plus)

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mercredi 11 novembre 2015

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D'habitude on aurait choisi de partir l'après-midi. Mais comme nous nous sommes réveillés tous les deux d'un réveil naturel à 7h40 (2h25 de rab' par rapport à un jour normal), en pleine forme, J. a suggéré au p'tit dej' que nous nous mettions en route directement une fois nos bols posés dans l'évier. Le petit J. était aux anges de cette balade qui s'improvisait, sur la carte IGN, on a directement su où on voulait aller, on ne s'est même pas lavés, on a pris le paquet de biscuits, une gourde et le porte-bébé dans un sac-à-dos et on a filé.

C'était parfait. Tout y était. La lumière, la douceur, la joie de ce petit enfant, notre bonne humeur, un écureuil énorme et tout noir, des lézards... Qu'on était bien, là, ce matin !

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mercredi 4 novembre 2015

à A. (extérieur jour et nuit)

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On a un plan de la ville, un plan de randonnées conseillées par la mairie, on décide qu'on doit connaître tous les petits chemins, choisir nos rues préférées, ne rien laisser passer, fureter, fouiner, tout essayer.
On commence par notre quartier, des petits immeubles et énormément de maisons de petits vieux, c'est un peu triste. Ca sent très bon, des odeurs de feu (les gens se chauffent beaucoup au bois), des odeurs de fleurs, chèvrefeuille, jasmin et d'autres que je ne reconnais pas.
A. est plein de "coulées vertes" comme dit J., un petit chemin secret qui part perpendiculairement à une petite rue, on s'y enfonce, et on se retrouve sur un chemin de campagne au milieu de la ville, entouré de potagers, de verdure, avec des vieux murs en pierre et des fois un peu d'eau qui coule, et tout à coup on débouche sur une autre rue.
On a élu nos meilleurs chemins, on a le sentiment réjouissant de se faufiler dans la ville.
A un quart d'heure de chez nous, il y a la Petite Croze, on y passe à chaque fois qu'on va dans le centre, il y a des chats et des maisons de petite ville de campagne. Si on poursuit le chemin, on arrive à la montagne, à une demie heure de chez nous. La première fois qu'on y est allés, ça m'a fait un choc de sentir l'odeur de la montagne, cette odeur de froid, d'humidité et de miel. Et de voir des maisons qui tirent vers le chalet ! Là où j'habite ! Du jamais vu.
Quand on a vu cette lune magnifique, que j'ai senti cette odeur, qu'on s'est retrouvés dans la nature, je me suis dit "banco !".

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lundi 2 novembre 2015

à A. (appartement - débuts)

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Quelques dizaines de kilomètres de Lyon. Plusieurs milliers d'habitants. Des boulangeries, des coiffeurs, des banques, des crottes de chien, les magasins qui ferment à 19h30, les zones commerciales.
Tout à coup, je me sens belge et j'ai l'impression d'être en terre presque inconnue et à la fois incroyablement familière. Je ressens énormément de choses, de l'euphorie à la tristesse en passant par la nostalgie et l'espoir.
Un appartement presque sur le quai de la gare, la dame de la SNCF qui répète tout le jour "pour votre sécurité, ne traversez pas les voies". Une vue splendide d'un côté, cafardeuse de l'autre.

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lundi 5 octobre 2015

A la recherche d'un appartement à Bruxelles ?

Celui que nous occupons actuellement sera libre dès le 15 octobre, et il est très chouette...
Ici, une annonce officielle.

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dimanche 4 octobre 2015

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Au départ, j'ai trouvé ça un peu douloureux que ça se fasse dans la précipitation, et puis finalement, je suis heureuse que ça se fasse dans la précipitation... ça laisse moins de temps pour réfléchir. Et finalement, même dans la précipitation, je trouve que j'en ai encore trop du temps pour réfléchir...
Alors on part. Dans une semaine. On retourne en France, dans une ville dont je n'avais jamais entendu parler, au nord de Lyon. Un endroit où nous n'avions jamais mis les pieds, où je n'ai jamais mis les pieds, J. oui maintenant qu'il y a passé les tests et l'entretien d'embauche, maintenant qu'il y a cherché un appartement.
Quitter Bruxelles, qui m'a si souvent agacée, se révèle bien difficile, finalement, j'y ai pas mal le coeur soudé. Ca fait huit ans quand même...

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samedi 5 septembre 2015

Vendredi matin, un homme m'a vue à l'arrêt de tram Porte de Halle. Nous sommes montés dans le même wagon, nous nous sommes levés pour laisser s'asseoir des petites vieilles, nous nous sommes rassis, à côté l'un de l'autre à un moment, nous avons regardé l'heure, le même décor par la fenêtre. Et puis trente minutes plus tard, nous sommes descendus au même arrêt. Et cet homme, alors qu'il serrait ses cousines dans ses bras parce qu'il était là, à l'enterrement de son oncle, m'a lancé un regard étonné - j'étais une voisine de siège de Porte de Halle, une inconnue dans le tram, et tout à coup, j'étais là, à l'enterrement de son oncle. Il m'a fait un clin d'oeil. A la fin de la cérémonie, j'ai serré la main de sa tante, de ses cousines, de son cousin, de son autre oncle, j'ai embrassée mon amie, et puis je lui ai serré la main avec un air de dire "bon courage, de tout coeur avec vous". Alors qu'au départ c'était juste un type à la station Porte de Halle, qui laissait tomber tous ses papiers par terre, puis qui s'asseyait à côté de moi. Un type qui tenait des papiers dans ses mains, et comme je m'ennuyais, j'avais jeté un coup d'oeil discret pour voir ce que c'était que ces papiers, et j'avais lu "et si on vivait ensemble ?" et comme je le sentais nerveux, je pensais qu'il s'apprêtait à déclarer son amour. Et puis quand, à un moment, dans le tram, nous nous sommes retrouvés assis l'un à côté de l'autre, j'ai re-regardé le papier, y ai vu quelque chose qui ressemblait à un discours, et comme il montait et baissait son papier comme si il l'apprenait par coeur et se le récitait, je me suis dit que oui, c'était un discours. Et quand il a téléphoné pour dire qu'il était en retard parce que le tram était en retard, je me suis dit qu'on allait au même endroit, et quand il est descendu du tram en courant, je ne savais pas où était le crématorium mais je l'ai suivi sans réfléchir, sûre qu'il m'y mènerait.

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dimanche 30 août 2015

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Il faudrait se coucher dans la demie heure qui suit son coucher, pour dormir tout mon soûl, me réveiller au moment opportun, et avoir du temps devant moi avant qu'il se réveille. Oui, c'est vraiment ça qu'il faudrait. De toute façon, le soir, je suis systématiquement trop crevée pour envisager de faire les milliards de choses que je m'étais promises de faire à ce moment-là pendant la journée.
Je vais peut-être commencer, là, y aller.
Demain, je reprends la corde à sauter, j'ai arrêté pendant dix jours et ça va être un peu dur de reprendre donc je dois me forcer à reprendre sous peine de ne jamais reprendre (alors que ça me fait un bien fou, me chauffe le corps pour la journée, et me fait perdre ces quelques kilos que je recommence à prendre...).
J. l'adulte va partir quelques jours, dans quelques jours. Je vais donc être seule avec J. l'enfant, il va falloir que je ruse pour sauter à la corde tout en le surveillant pour qu'il ne se jette pas dans la première fontaine venue (son grand fantasme). Moi qui ne suis pas du tout cordon bleu (cordon vert ?), il va aussi falloir que je me débrouille pour cuisiner des trucs bons et équilibrés pour chaque repas. J'y ai déjà réfléchi, je crois que je vais cuisiner le soir pour le lendemain, nickel ! Tranquille, sans enfant dans les pattes (qui adore cuisiner avec son père, mais déjà moi la cuisine ce n'est pas trop mon truc alors en plus en devant me faire aider par lui... hum...). Ca remet en question mon coucher trente minutes après lui ça, tiens... Bon, sinon, j'ai repéré des soupes en brique magnifiques au magasin bio, et en plus il me reste des écochèques donc c'est comme si c'était gratuit.

En photo : famille se chauffant les pieds au soleil.

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samedi 15 août 2015

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J. m'a dit qu'il trouverait ça bien qu'on arrive à se débarrasser d'un quart de nos affaires avant de déménager, pour faciliter. Ce matin, au saut du lit, je me suis un peu lancée, j'ai eu envie de trier une boîte remplie de trucs et de machins dont j'ai jeté les trois quarts, finalement. J'ai eu envie de continuer. Le petit enfant a trouvé ça très intéressant, a regardé tout ce que je mettais sur le tas-poubelle, et quand J. m'a apporté un sac jaune, c'est lui, le petit, qui y a mis ce dont je voulais me libérer. Il pleuvait dehors, et finalement, on s'y est mis tous les trois et c'était un super bon moment, chacun affairé de son côté et tous ensemble à la fois.
Je me suis rendu compte que je faisais assez régulièrement ce genre de tri, et qu'il y avait des choses que je gardais non pas pour leur intérêt, mais pour une valeur affective d'une nouvelle sorte : ce sont comme des compagnes de tri. Je suis si habituée à tomber dessus quand je trie, je me dis "ah mais oui, cette image ! Je me rappelle !", et du coup je la garde juste pour la remercier de sa fidelité. C'est comme si ça me maintenait en vie de les garder, comme si ça me rajeunissait, ou plutôt, comme si ces petits machins étaient témoins de mon évolution, de mon avancée, de l'avancée de mon âge. Bref, à force, impossible de les jeter. Enfin, là, je me suis fait un peu violence mais j'en ai quand même gardé un peu...
Ca me rappelle un truc encore plus débile. En seconde, j'ai quatorze ans, je rêvasse à mon bureau en triturant entre mes doigts un petit bout de papier vert, une chute de papier. Je la plie et me retrouve avec un petit bloc bien tassé dans la main, et je ne sais pas ce qui me prend, enfin si, je sais très bien ce qui me prend, je suis une fille un peu superstitieuse même si je trouve ça incompréhensible, et en plus je ne peux pas m'empêcher d'attribuer une âme, une vie, aux choses. Bref, à ce moment-là, je me dis que tant que je possèderai ce bout de papier plié, tout ira bien pour moi. Ca fait seize ans, et régulièrement je tombe dessus en me disant "pffff n'importe-quoi" tout en n'arrivant pas à m'en débarrasser... Il a longtemps été dans la poche avant de mon sac à dos mais ce n'est pas là que je l'ai croisé la dernière fois, je ne sais plus.
Je suis retombée sur un carnet dans lequel nous avions fait une liste de prénoms, bien avant Joachim, pour rigoler. "Joachim" y figure, à la toute fin de la liste, et j'en étais toute surprise. Jérôme pas. On ne l'avait pas entouré parmi nos préférés. C'est un prénom que je n'aimais pas du tout quand j'étais petite... il me dérangeait un peu, et maintenant, j'aime être dérangée (enfin surtout, il ne me dérange plus).
Avant qu'on apprenne qu'il se passait à l'intérieur de moi une grossesse extra-utérine, ce prénom nous était revenu, au cinéma. C'était Main dans la Main, de Valérie Donzelli. Après, on était rentrés à pieds, main dans la main, et en traversant entre le Palais Royal et le Parc Royal, j'avais dit "eh, je me suis dit, "Joachim"... c'est super, non ?" et Jérôme m'avait dit "ah mais c'est fou, je me suis dit pareil !". Je me voyais déjà un jour un fils se déplaçant en skate sur les routes de campagne, et dansant bien comme ça. J'aime bien aussi l'idée du prénom cinématographique... Et puis malgré nos hésitations, ce prénom est resté le bon, aussi parce qu'il ne nous évoquait rien. Enfant timide, enfant agile, enfant soigneux, enfant frondeur, enfant intrépide ? Niet, la page blanche dans nos esprits. Nickel pour lui.
Je n'aurais jamais imaginé avoir un jour un enfant appelé Joachim, j'étais la première surprise de ce prénom choisi, et j'ai bien aimé ça. En fait, on a choisi en plein dans le mille le prénom qui était vraiment celui qu'il fallait qu'on lui choisisse, celui qui correspondait aussi à qui nous étions, nous. Mais sur le coup, c'était comme une bizarrerie de me découvrir future mère d'un petit Joachim.

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vendredi 31 juillet 2015

un billet assez pathétique

Normalement, je ne devrais pas du tout être là à écrire des trucs mais là, c'est un peu obligé, parce que j'ai passé ma nuit à penser au lieu de dormir.
Je repensais...

à la rue de la Chalotais à Rennes. Je ne sais plus quel numéro, mais le code de la porte c'était 8A25. Il y avait un escalier vert sapin étroit et sombre qui m'évoquait l'intérieur d'un bateau (mais en Bretagne, tout m'évoque l'intérieur d'un bateau, c'est psychologique).
Je me revoyais, une fois, voulant monter avec un bouquet de fleurs mais n'en trouvant pas, me rabattant sur un bouquet de poireaux.

Je repensais à Manu qui, trouvant que la visite guidée du musée qu'il avait visité était vraiment pas terrible, envoyait une lettre à la directrice (la femme de l'artiste (une certaine Elisabeth qui se fait appeler Liseron, j'aime beaucoup)) pour le lui dire, directrice qui le rappelait ensuite pour l'embaucher si il voulait, et il voulait.
Je me revoyais, en Mayenne, dans un groupe de quatre ou cinq retraités actifs, sous nos parapluies, et lui qui faisait sa visite guidée, et moi, émue de le voir me lancer des regards complices alors que les autres visiteurs ne savaient pas de prime abord que nous nous connaissions. Je me souviens de ce jardin détrempé et de ces oeuvres monumentales et dépaysantes, je me souviens de ce que j'ai ressenti.

Comme je l'aimais, Manu.

Moi, j'étais comme la graine qui enfin pousse après avoir germiné 107 ans sous la terre. J'avais 17 ans, je venais de partir de chez mes parents, tout me semblait liberté : faire le ménage chez moi, liberté ! Aller acheter le pain le dimanche matin ? Liberté ! Sortir quand je voulais où je voulais, liberté ! Je jouissais d'être là, juste ça. Des fois, je marchais dehors, simplement, et ça me semblait être le plus beau des cadeaux. C'est cucul mais je ne peux pas le dire plus simplement. J'étais heureuse de vivre, tout était nouveau, tout était à inventer, et j'avais très très envie de m'amuser.
Lui, il n'avait pas ma naïveté, ni ma candeur, mais il partageait ma légèreté. Je le voyais tous les jours à la fac, on rentrait toujours ensemble, on allait toujours chez lui (chez moi, c'était trop petit, on s'étalait), on dinait ensemble, on fêtait ensemble, on discutait, on se renseignait, on avait plein d'idées, plein d'idéaux, plein de folie, vraiment, je crois.
On se disait "oh ! si on faisait ça !" et on le faisait.

Ainsi, un jour, en février 2003, je décrochais enfin mon permis (après trois essais infructueux, moi qui aimais tant conduire...) et je lui faisais immédiatement part de la nouvelle par sms. Quand je le retrouvais l'après-midi même, il me dit "bon ben on part, vu que t'as ton permis, on va à Saint-malo, c'est toi qui nous emmènes, j'te prête ma voiture !" et hop ! Il me faisait toute confiance, ne commentait absolument rien de ma conduite automobile, et nos deux passagers arrière s'étaient carrément endormis.

Une autre fois, comme ça, nous allions à La Rochelle, ou dans le Morbihan.

Le Morbihan. Très peu de temps après la rentrée à la fac, un voyage était organisé à Kerguéhennec, au centre d'art contemporain.
Je me souviens de la prof, en cours, demandant "bon, j'imagine qu'il n'y a pas de mineurs dans cette classe !?" et moi, levant la main "ben... si... moi...", et elle (adorable) "ooooh, le bébééé de notre claaasse... bon ben tu me ramèneras une autorisation de sortie de la part de ton papa et de ta maman !" . Je me souviens de l'éclat de rire général. Je me souviens que d'étudier en Bretagne, ça me faisait un effet boeuf. Pour moi, la Bretagne, c'était ma Mémé, son appart' surchauffé, le rhume que je chopais immanquablement en sortant de chez elle, et les balades au bord de la mer dans une lumière terrible (même l'hiver) avec le nez encombré et la tête comme une pastèque. Et là, du coup, toute ma vie portait cette tenue-là, cette ambiance-là. C'était merveilleux. Un apaisement...

Et donc, Kerguéhennec. Les profs qui arrivent en bottes de pluie, et nous en petites chaussures (ben quoi, on va visiter un centre d'art). Moi, en Converses, avec les oeillets presque au niveau de la semelle... Le centre d'art était un parc d'art, bouillasseux (mois de novembre...) comme pas permis, j'avais de la boue jusque dans mes chaussures. Malgré tout, je me souviens de combien je me suis sentie bien ce jour-là, vraiment libre, unie à moi-même, heureuse de partager ce moment-là avec ces gens-là. Comme je me suis sentie électron libre, détachée du reste de mon monde connu. Comme nous avons rigolé, marché, senti des odeurs d'automne gelé, entendu le bruit du rien, juste de nous marchant, là, et de la nature très calme. Je me souviens de ma joie, dans le bus du retour, d'être assise à côté de Manu, et complètement décomplexée par les circonstances (la boue partout et nous, transis et trempés), combien j'avais ri et discuté et raconté n'importe-quoi. je me souviens aussi de la douche que j'ai prise ce soir-là, et combien elle m'avait fait du bien.

Je me souviens qu'au début de ma vie à Rennes, il me semblait que c'était Noël tous les jours. On sortait beaucoup le soir, on allait au cinéma, on allait chez des gens, on revenait de chez les gens, on allait au Virgin. On voyait Pas sur la bouche de Resnais, on apprenait la BO par coeur et on soulait tout le monde avec.

Manu n'est pas mort, je parle au passé parce que je ne suis presque plus en contact avec lui. A l'époque, ça m'aurait paru inimaginable de pouvoir presque le perdre, ce contact, tant il était important pour moi. Tant je riais avec lui, tant on entreprenait, tant on faisait n'importe-quoi.

J'étais très, très, amoureuse de lui, même si comme Céline Dion, je savais qu'il ne m'aimerait jamais. Nous passions tout notre temps ensemble. Une fois, je me souviens que nous nous sommes dit que trop c'était trop et qu'on devait un peu se détacher, mais l'après-midi même, nous nous croisions par hasard au Virgin et décidions de passer la soirée ensemble.

L'été 2003, nous ne nous voyons pas pendant un ou deux bons mois, je ne sais plus trop, et comme on a des forfaits téléphoniques merdiques, on ne se donne quasi pas de nouvelles. Et puis on se retrouve, et il me propose de retapisser son appart' avec lui, et même de le repeindre, et je me souviens de la pièce vidée, de la fenêtre ouverte, de la chaleur, du blanc éblouissant des murs repeints, des Amours Perdues d'Elysian Fields en boucle et des grains de maïs d'un déjeuner, que nous essayons de lancer pile sur le toit des voitures qui passaient dans la rue.

Je me souviens qu'il m'avait dit qu'il avait quitté son nouveau copain parce qu'à force de passer du temps avec lui il n'avait plus le temps de me voir.
Et puis la fois où on avait sonné chez des gens parce qu'on passait dans la rue, qu'on avait entendu qu'il y avait une fête et qu'on avait envie de venir, et on nous avait ouvert.
Et la fois où il m'a invitée chez ses parents pour l'aider pour un travail, et ses parents nous avaient invités au restaurant, et à 23h, nous, on avait du s'éclipser (pour le travail), et le cuisinier (un ami des parents) et les parents avaient fait de gros sous-entendus genre "ouais ouais, on sait ce que vous avez à faire comme genre de travail, hu hu".
Et la fois où on avait une sortie à Paris organisée par la fac mais on avait décidé d'y aller en voiture. On avait calculé qu'on devait partir à 2h00 du matin pour être devant le musée d'art moderne à je ne sais plus quelle heure. On devait partir à 4, on avait décidé de tous dormir chez Manu pour faciliter le départ, à 4 dans le lit, on avait surtout rigolé comme des andouilles et à 2h, on était assez peu frais. On avait sauté dans la voiture, écouté les cassettes de Led Zeppelin d'Aurélie, et il pleuvait et sur une nationale, Manu avait dit que les camionneurs étaient trop sympas parce qu'ils le prévenaient à cousp de clignotants quand la route était libre et qu'on pouvait doubler. On avait fait une halte en Mayenne pour déposer son linge sale chez ses parents (vers 5h00 du mat' je pense, sympa la vie de parents d'étudiant !), et il avait ramené un chiot dans la voiture et on avait bêtifié.
On décidait d'assumer tous nos goûts même les plus obscurs et étions donc fiers d'écouter Alizée.
On allait le plus souvent possible au Batchi dans l'espoir d'y croiser Etienne Daho (jamais vu).
On bricolait, on travaillait ensemble, on se donnait nos avis sur nos boulots, on s'encourageait, on se félicitait.
Une fois, il avait décidé de photographier la rue vue de dessus et donc on avait été sonner chez les gesn pour savoir si on pouvait prendre des photos depuis leurs fenêtres et ç'avait été possible.

On était dans la même classe à la fac, la classe des "C" parce que mon nom commence par un C. le sien par un D mais heureusement, le début des D alors on était dans la même classe. Je l'avais rencontré le premier jour, repéré dans un couloir (il m'avait plu), recroisé et justement j'étais perdue, et il se trouve que nous cherchions la même salle.
Le soir-même, il venait me préparer des pâtes carbonara chez moi parce que moi, avec une autre fille. Ce soir-là, c'était le bonheur.
On en a mangé des Pringles crème-oignon, ensemble.
Manu décidait des choses, avait des avis et s'y tenait. Il faisait des trucs. Et moi, j'étais fort aise de l'avoir rencontré et de profiter de son énergie. Il me donnait le sentiment de s'être posé là, de voir ce qu'il y avait à en tirer, et de préparer son prochain envol. Et d'ailleurs, c'est ce qui s'est passé, au bout de deux ans, il partait continuer ses études à Paris.
Il était excessif, il se passionnait pour les choses, s'enthousiasmait, trouvait tout génial, se plongeait dans ses intérêts à n'en plus se coucher la nuit. Il vivait, mais vraiment !
Penser à lui me ramène aussitôt aussi aux week-ends à Paris chez ma soeur, à Thomas Fersen, à la maison des parents de Béné à Saint-Brieuc dont la porte retsait toujours ouverte au cas où des amis passeraient quand ils n'étaient pas là, des petits mots des amis passés quand ils n'étaient pas là laissés sur le meuble de l'entrée, du salon assez poussiéreux et très confortable, avec plein de livres, donnant sur le jardin vert, avce des toiles d'araignées, et on avait écouté Brassens. Ca me rappelle des tas et des tas de chosolats chauds bus à rennes, Paris, ou peut-être ailleurs. Les PMU le matin, le bruit de la machine à café qui siffle je sais pas pourquoi mais c'est bien. Les gens qui parlent un peu fort, du coup.
Alors je regrette de ne pas avoir une odeur un peu plus piquante, une odeur de cigarette. Je regrette de ne plus aller dans les PMU.

Cette nuit, je repensais à tout ça, et je me disais que finalement, ce qu'on fait, ça compte peu, ce qui compte, c'est de faire des choses.

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Ca, c'est mon sourire forcé du samedi où mes parents m'ont laissée à Rennes. Je souris mais en vrai j'ai une boule dans la gorge et j'ai super envie de pleurer.

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Chez moi.

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L'escalier de chez Manu.

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La vue de chez moi (cette maison et son jardin...) : la lumière et l'odeur bretonne, qu'on imagine fort bien.

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Le domaine de Kerguéhennec.

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A droite, le bâtiment Mussat, fac d'arts-plastiques de Rennes.

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Kerguéhennec par Manu.

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Vue par la vitre arrière sur le parking du musée Robert T..





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