dimanche 16 octobre 2016

Parfois, je suis un peu découragée, désénergisée, démotivée, désenthousiasmée, et je ne sais pas toujours trop quoi faire pour retrouver l'envie. Et puis l'autre jour, je lisais Chat-Nouille de Gaëtan Dorémus à mon fils et je me suis rendu compte que le message délivré était pour moi : le Chat-Nouille, il retrouve l'envie en se forçant à faire des trucs qu'il n'a pas particulièrement envie de faire mais qu'on lui propose, qu'il voit d'autres apprécier. Donc, quand je sens une baisse de régime, j'essaye de faire mon chat-nouille et je crois que ça marche un peu.

Et il y a un nouveau portrait de voisine chez le voisin !

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jeudi 11 août 2016

Paul Dédalus me porte. Je me sens inspirée après l'avoir vu, mais inspirée ! Et on l'a vu hier soir, jeune et amoureux. Au départ, je regrettais de le voir jeune plutôt que vieux, parce que j'aime vraiment énormément Mathieu, et puis finalement, jeune, je l'ai aimé tout autant. Il m'a donné une envie très très forte d'avoir à nouveau vingt ans, ne serait-ce que le temps d'une soirée.
Paul dédalus est inspirant parce qu'il dit tout ce qu'il pense, comme ça, comme si c'était naturel et parfaitement normal de dire tout ce qu'on pense sans jamais anticiper ce que ça pourrait provoquer (et sans jamais être méchant, ce qui est encore plus fort). Moi aussi je veux faire ça, je vous préviens, je vais m'entraîner.
Paul Dédalus m'a rappelé les quatre accords toltèques, vous connaissez ça, les quatre accords toltèques ? Moi j'ai découvert chez Pêle-Mêle, on me le demandait dix fois par semaine, je savais que c'était rangé au rayon ésotérisme et mes collègues me disaient que c'était un truc pour illuminés. Et puis un jour, je vais passer deux jours chez mon amie M. qui est tout ce qu'il y a de plus carrée et pieds sur terre et là, paf ! Qu'est-ce-que je découvre dans sa bibliothèque ? Les quatre accords toltèques !...
Après ça, je suis intriguée, forcément, je me dis que je vais me renseigner, je lis la quatrième mais j'ai la tête ailleurs, je comprends rien, je ne me concentre pas vraiment mais je me dis "wahou, M. lit les quatre accords toltèques", limite je suis jalouse de tant d'audace.
Et puis ensuite, on est la veille de notre déménagement de Bruxelles, on boit un verre à la terrasse du snack d'en-bas avec S. qui est inspirante comme tout, et là de but en blanc, elle nous sort "bon, j'imagine que vous connaissez les quatre accords toltèques !?". Mais NON je connais pas je veux savoir dis-nous je t'en supplie !".
Et voilà comment j'ai découvert les quatre accords toltèques, et mes ex-collègues étaient vraiment des illuminés de ne pas se pencher sur la question.
Moi aussi je veux être intègre, droite, que ma parole dise des mots les plus précis possibles pour dire ce que je pense, moi non plus je ne veux pas que sortent de ma bouche des méchancetés sur d'autres, je ne veux pas non plus dire du mal de moi. Moi aussi je veux pouvoir entendre ce qu'on me dit sans que les mots qui entrent dans mes oreilles aient le pouvoir de me détruire. Moi aussi je veux me fier à ce que j'entends, à ce que je sais, sans chercher à imaginer la partie cachée derrière le rideau. Moi aussi je veux faire de mon mieux, même si mon mieux c'est parfois juste de lire un bouquin et de faire la vaisselle.
On m'appellera Paule Dédaluse.

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lundi 8 août 2016

Odeurs préférées.

Les bougies qu'on souffle (ça sent l'anniversaire).
La rhubarbe qu'on épluche.
La nature chauffée au soleil.
Les polycopiés (ça sent la pomme, ça sent le CP).
La poussière de voiture (odeur préférée partagée par mon fils qui ne manque pas de dire "ça sent bon la voiture !" quand on monte dans une voiture bien poussiéreuse et bien chaude).
La pluie sur le goudron chaud (ça sent la fin du monde).
Les Club des Cinq, qui sentent souvent le vieux grenier moisi.
Ma crème hydratante qui sent la tarte au citron meringuée.
Tous les parfums de mes parents, comme tous les parfums de mes instits de primaire.
Les odeurs de bouse et de caca de cheval (enfant on dit "berk ça pue", adulte on dit "mon dieu ça sent la nature c'est exquis").
L'odeur de peau de J. qui ne change pas malgré de nombreux changements de savon, lessive, shampoing, son cou sent son cou.
Toutes les odeurs de l'autre J. sa mauvaise haleine au réveil, ses pets, ses dessous de bras, et ses bonnes odeurs réellement sucrées comme un pain au chocolat comme dit Renaud.
L'ail (ça sent le dimanche).
L'intérieur des chaussures, entre odeur de cuir et odeur de transpiration des pieds.
En fait, j'adore les odeurs de pieds.
L'odeur de trousse et l'odeur d'école.
L'odeur de mon rouge à lèvres.
Les odeurs chimiques de savons chimiques, déodorants chimiques, que je n'utilise plus mais que j'adore sentir sur les autres car ils me rappellent d'excellents souvenirs olfactifs (exemple : un bon déo chimique à l'abricot porté par une fille qui marche devant moi dans la rue me remplit de bonheur).
Les odeurs de cuir et de certains tabacs.

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samedi 26 mars 2016

Je suis bouleversée par les attentats bruxellois. J'ai peur des attentats. J'ai tremblé longuement quand vers midi j'ai allumé mon ordinateur et découvert ce qui s'était passé. J'ai découvert l'encore plus de peur qu'ajoute le fait de parfaitement visualiser les lieux et l'ambiance. J'ai appris que dans le métro, il y avait une fille que je connais. Pas quelqu'un que je connais super bien, pas une amie, mais une fille adorable qui a participé en même temps que moi au fameux fanzine bruxellois, une fille qui bossait dans un magasin juste à côté de l'endroit où j'achetais mes fruits et légumes, et avec qui j'ai eu parfois l'occasion de discuter, en passant devant sa boutique. C'est elle qui m'a appris à ne pas laver ma boule à thé (seulement la rincer), puisque de toute façon l'eau très chaude du thé tue les microbes qui pourraient être dessus. Elle a rencontré Joachim, elle connaît Jérome, elle nous a déjà offert un thé dans le magasin parce qu'il n'y avait pas de clients et qu'elle est hyper gentille, j'ai souvenir de quelques disucssions que nous avons eues ensemble. De cette fille, depuis mardi, plus personne n'a eu de nouvelles. J'ai les yeux carrés aujourd'hui à force d'avoir passé ma semaine à consulter facebook pour savoir si il y avait du nouveau, j'ai passé quelques nuits blanches à penser à elle, j'ai une boule qui se balade entre mon oesophage et mon foie.
Je repense à la dernière fois qu'on l'a croisée, juste avant de déménager, je voudrais revivre ce moment et lui dire d'éviter de prendre le métro en mars, j'imagine que si ça se trouve, mardi matin, elle s'est dit qu'elle en avait marre de sa vie et qu'elle a décidé de fuir sans se retourner, et que donc elle n'était pas dans le métro mais dans un train pour Ploutzek-les-Oies.
Je pense à ce qu'elle a sûrement vécu mardi et si elle y a succombé, j'espère que ce fut bref, instantané, sans temps pour avoir peur et sans douleur. Je pense qu'on lui a probablement volé sa vie et qu'on ne pourra pas lui faire justice et ça me désole complètement. Je me sens si triste.
Je lis les infos, beaucoup trop, j'ai le sentiment que tout se barre en couilles, je flippe. Je ne crois plus à la politique politicienne, je ne fais plus confiance.

Pour contrebalancer, j'essaye de penser à toutes les super initiatives qui fleurissent partout pour un monde meilleur.
Je décide ce matin de relire Résister, c'est créer De Florence Aubenas et Miguel Banasayag, qui m'avait fait tant de bien quand je l'avais lu dans notre deuxième appart' bruxellois. Et cette relecture, c'est une excellente idée pour se faire du bien et pour se motiver à aller de l'avant malgré le côté un peu foutu de chez foutu du monde tel qu'on nous le présente en ce moment.
Je vais recopier ici la 4ème, et je vous encourage à le lire vous aussi si vous vous sentez découragés...

"Depuis quelques années, dans les sociétés du Nord comme dans celles du Sud, une contre-offensive souterraine est en marche. Une contre-offensive qui est loin de se limiter à ses expressions les plus visibles, celles des mouvements "anti-mondialisation". Dans cet essai, le philosophe Miguel Benasayag et la journaliste Florence Aubenas en proposent une analyse originale, nourrie de nombreux exemples.

Ils montrent que les formes de cette "nouvelle radicalité" sont multiples et très diverses : certaines sont éphémères, d'autres s'inscrivent dans le long terme ; certaines revendiquent une "subjectivité contestataire", d'autres se veulent simplement pragmatiques. Mais tous ceux qui les portent partagent, sans nécessairement en être conscients, des traits communs. Ils s'inscrivent en rupture par rapport à l'individualisme triomphant des dernières décennies et le néolibéralisme n'est plus pour eux un "horizon indépassable". Et ils rompent également avec les formes anciennes de la contestation : ils n'agissent plus en fonction de modèles de sociétés prédéfinis ou de directives d'un parti à la conquête du pouvoir.

C'est un nouveau "désir de lien" que recherchent aujourd'hui des millions de personnes à travers le monde. Des universités populaires en France et en Argentine aux expériences de psychiatrie alternative, des mouvements de paysans sans terre latino-américains aux mobilisations européennes pour les sans-papiers, les auteurs montrent comment ce désir de lien a commencé à saper le projet majeur du capitalisme, celui d'un monde unique et centralisé. Et comment cette multiplicité joyeuse ouvre la voie d'une lecture alternative de l'économie."

Ce livre date de 2002 donc on peut s'imaginer à quel point toutes ces initiatives dont il parle ont pu s'étoffer depuis ! Se multiplier !

Et puis ce matin, au réveil, j'allume l'ordinateur (pour voir si il y avait des nouvelles de ma copine sur facebook...) et je tombe sur cet article qui m'explique que je vais encore pouvoir m'éclairer, même pas à la bougie, et sans centrale nucléaire !

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lundi 29 février 2016

en bonus - les voeux de Paulo Coelho, parce qu'ils valent le détour.

2015 - FERME LE CERCLE

Il est toujours nécessaire de savoir quand se termine une étape de la vie. Si tu insistes à vouloir rester en elle au-delà du temps nécessaire, tu perds la joie et le sentiment du reste. Il faut fermer des cercles, ou fermer des portes, ou fermer des chapitres, comme tu voudras le nommer. L’important est de pouvoir les fermer, et laisser aller les moments de la vie qui se clôturent.

Ton travail s’est terminé ? Ta relation amoureuse s’est terminée ? Tu ne vis plus dans cette maison ? Tu dois partir en voyage ? Tu peux passer beaucoup de temps de ton présent « anéanti » dans les pourquoi, en te repassant le film et en essayant de comprendre le pourquoi du comment de telle ou telle chose. L’usure qui s’en suit sera infinie, parce que dans la vie, toi, moi, tes amis, tes enfants, tes frères et soeurs, tous et toutes sommes sur le chemin vers la fermeture de chapitres, tournant la page, terminant avec des étapes, ou avec des moments de la vie et continuant à aller vers l’avant.

Nous ne pouvons pas être dans le présent en regrettant le passé. Ni même en nous demandant pourquoi. Ce qui s’est passé, est passé, et il faut le lâcher, il faut s’en détacher.

Nous ne pouvons pas être éternellement des enfants, ni des adolescents tardifs, ni des employés d’entreprises inexistantes. Les faits passent et il faut les laisser partir !

Voici pourquoi, quelquefois il est si important de détruire les souvenirs, offrir les cadeaux, changer de maison, déchirer des papiers, jeter des documents, et vendre ou offrir les livres.

Laisser partir, lâcher, se détacher. Dans la vie personne joue avec des dés pipés, et il faut apprendre aussi bien à perdre qu’à gagner. Il faut laisser partir, il faut tourner la page, il faut seulement vivre ce que nous avons au présent…

Le passé est passé. N’attend pas qu’on te le rende, n’attend pas qu’on te reconnaisse, n’attend pas qu’un jour on se rende compte de qui tu es… Lâche le ressentiment.

En te branchant sur « ton téléviseur personnel » pour tourner en boucle et ressasser maintes et maintes fois l’affaire, la seule chose que tu peux obtenir c’est te blesser lentement, t’empoisonner et développer de l’amertume.

La vie est faite pour avancer, jamais pour reculer. Des fiançailles ou des amitiés qui ne se terminent pas ? Des possibilités de retour arrière ? (vers quoi ?) Des besoins d’éclaircissements ? Des paroles qui n’ont pas été dites ? Des silences qui ont tout envahi ? Si tu peux les affronter maintenant et tout de suite, fais-le, sinon, laisse tomber, ferme les chapitres.

Dis-toi à toi-même non, ils ne reviendront pas. Mais pas par fierté ou orgueil, seulement parce que toi tu ne cadres plus dans cet édifice, dans ce lieu, dans ce coeur, dans cette pièce, dans cette maison, dans ce bureau, dans ce travail.

Toi, tu n’es plus le même que celui d’il y a deux jours, trois mois, un an. Par conséquent, il n’y a plus rien vers quoi revenir.

Ferme la porte, tourne la page, ferme le cercle.

Excellent 2016!

Paulo Coelho

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vendredi 31 juillet 2015

un billet assez pathétique

Normalement, je ne devrais pas du tout être là à écrire des trucs mais là, c'est un peu obligé, parce que j'ai passé ma nuit à penser au lieu de dormir.
Je repensais...

à la rue de la Chalotais à Rennes. Je ne sais plus quel numéro, mais le code de la porte c'était 8A25. Il y avait un escalier vert sapin étroit et sombre qui m'évoquait l'intérieur d'un bateau (mais en Bretagne, tout m'évoque l'intérieur d'un bateau, c'est psychologique).
Je me revoyais, une fois, voulant monter avec un bouquet de fleurs mais n'en trouvant pas, me rabattant sur un bouquet de poireaux.

Je repensais à Manu qui, trouvant que la visite guidée du musée qu'il avait visité était vraiment pas terrible, envoyait une lettre à la directrice (la femme de l'artiste (une certaine Elisabeth qui se fait appeler Liseron, j'aime beaucoup)) pour le lui dire, directrice qui le rappelait ensuite pour l'embaucher si il voulait, et il voulait.
Je me revoyais, en Mayenne, dans un groupe de quatre ou cinq retraités actifs, sous nos parapluies, et lui qui faisait sa visite guidée, et moi, émue de le voir me lancer des regards complices alors que les autres visiteurs ne savaient pas de prime abord que nous nous connaissions. Je me souviens de ce jardin détrempé et de ces oeuvres monumentales et dépaysantes, je me souviens de ce que j'ai ressenti.

Comme je l'aimais, Manu.

Moi, j'étais comme la graine qui enfin pousse après avoir germiné 107 ans sous la terre. J'avais 17 ans, je venais de partir de chez mes parents, tout me semblait liberté : faire le ménage chez moi, liberté ! Aller acheter le pain le dimanche matin ? Liberté ! Sortir quand je voulais où je voulais, liberté ! Je jouissais d'être là, juste ça. Des fois, je marchais dehors, simplement, et ça me semblait être le plus beau des cadeaux. C'est cucul mais je ne peux pas le dire plus simplement. J'étais heureuse de vivre, tout était nouveau, tout était à inventer, et j'avais très très envie de m'amuser.
Lui, il n'avait pas ma naïveté, ni ma candeur, mais il partageait ma légèreté. Je le voyais tous les jours à la fac, on rentrait toujours ensemble, on allait toujours chez lui (chez moi, c'était trop petit, on s'étalait), on dinait ensemble, on fêtait ensemble, on discutait, on se renseignait, on avait plein d'idées, plein d'idéaux, plein de folie, vraiment, je crois.
On se disait "oh ! si on faisait ça !" et on le faisait.

Ainsi, un jour, en février 2003, je décrochais enfin mon permis (après trois essais infructueux, moi qui aimais tant conduire...) et je lui faisais immédiatement part de la nouvelle par sms. Quand je le retrouvais l'après-midi même, il me dit "bon ben on part, vu que t'as ton permis, on va à Saint-malo, c'est toi qui nous emmènes, j'te prête ma voiture !" et hop ! Il me faisait toute confiance, ne commentait absolument rien de ma conduite automobile, et nos deux passagers arrière s'étaient carrément endormis.

Une autre fois, comme ça, nous allions à La Rochelle, ou dans le Morbihan.

Le Morbihan. Très peu de temps après la rentrée à la fac, un voyage était organisé à Kerguéhennec, au centre d'art contemporain.
Je me souviens de la prof, en cours, demandant "bon, j'imagine qu'il n'y a pas de mineurs dans cette classe !?" et moi, levant la main "ben... si... moi...", et elle (adorable) "ooooh, le bébééé de notre claaasse... bon ben tu me ramèneras une autorisation de sortie de la part de ton papa et de ta maman !" . Je me souviens de l'éclat de rire général. Je me souviens que d'étudier en Bretagne, ça me faisait un effet boeuf. Pour moi, la Bretagne, c'était ma Mémé, son appart' surchauffé, le rhume que je chopais immanquablement en sortant de chez elle, et les balades au bord de la mer dans une lumière terrible (même l'hiver) avec le nez encombré et la tête comme une pastèque. Et là, du coup, toute ma vie portait cette tenue-là, cette ambiance-là. C'était merveilleux. Un apaisement...

Et donc, Kerguéhennec. Les profs qui arrivent en bottes de pluie, et nous en petites chaussures (ben quoi, on va visiter un centre d'art). Moi, en Converses, avec les oeillets presque au niveau de la semelle... Le centre d'art était un parc d'art, bouillasseux (mois de novembre...) comme pas permis, j'avais de la boue jusque dans mes chaussures. Malgré tout, je me souviens de combien je me suis sentie bien ce jour-là, vraiment libre, unie à moi-même, heureuse de partager ce moment-là avec ces gens-là. Comme je me suis sentie électron libre, détachée du reste de mon monde connu. Comme nous avons rigolé, marché, senti des odeurs d'automne gelé, entendu le bruit du rien, juste de nous marchant, là, et de la nature très calme. Je me souviens de ma joie, dans le bus du retour, d'être assise à côté de Manu, et complètement décomplexée par les circonstances (la boue partout et nous, transis et trempés), combien j'avais ri et discuté et raconté n'importe-quoi. je me souviens aussi de la douche que j'ai prise ce soir-là, et combien elle m'avait fait du bien.

Je me souviens qu'au début de ma vie à Rennes, il me semblait que c'était Noël tous les jours. On sortait beaucoup le soir, on allait au cinéma, on allait chez des gens, on revenait de chez les gens, on allait au Virgin. On voyait Pas sur la bouche de Resnais, on apprenait la BO par coeur et on soulait tout le monde avec.

Manu n'est pas mort, je parle au passé parce que je ne suis presque plus en contact avec lui. A l'époque, ça m'aurait paru inimaginable de pouvoir presque le perdre, ce contact, tant il était important pour moi. Tant je riais avec lui, tant on entreprenait, tant on faisait n'importe-quoi.

J'étais très, très, amoureuse de lui, même si comme Céline Dion, je savais qu'il ne m'aimerait jamais. Nous passions tout notre temps ensemble. Une fois, je me souviens que nous nous sommes dit que trop c'était trop et qu'on devait un peu se détacher, mais l'après-midi même, nous nous croisions par hasard au Virgin et décidions de passer la soirée ensemble.

L'été 2003, nous ne nous voyons pas pendant un ou deux bons mois, je ne sais plus trop, et comme on a des forfaits téléphoniques merdiques, on ne se donne quasi pas de nouvelles. Et puis on se retrouve, et il me propose de retapisser son appart' avec lui, et même de le repeindre, et je me souviens de la pièce vidée, de la fenêtre ouverte, de la chaleur, du blanc éblouissant des murs repeints, des Amours Perdues d'Elysian Fields en boucle et des grains de maïs d'un déjeuner, que nous essayons de lancer pile sur le toit des voitures qui passaient dans la rue.

Je me souviens qu'il m'avait dit qu'il avait quitté son nouveau copain parce qu'à force de passer du temps avec lui il n'avait plus le temps de me voir.
Et puis la fois où on avait sonné chez des gens parce qu'on passait dans la rue, qu'on avait entendu qu'il y avait une fête et qu'on avait envie de venir, et on nous avait ouvert.
Et la fois où il m'a invitée chez ses parents pour l'aider pour un travail, et ses parents nous avaient invités au restaurant, et à 23h, nous, on avait du s'éclipser (pour le travail), et le cuisinier (un ami des parents) et les parents avaient fait de gros sous-entendus genre "ouais ouais, on sait ce que vous avez à faire comme genre de travail, hu hu".
Et la fois où on avait une sortie à Paris organisée par la fac mais on avait décidé d'y aller en voiture. On avait calculé qu'on devait partir à 2h00 du matin pour être devant le musée d'art moderne à je ne sais plus quelle heure. On devait partir à 4, on avait décidé de tous dormir chez Manu pour faciliter le départ, à 4 dans le lit, on avait surtout rigolé comme des andouilles et à 2h, on était assez peu frais. On avait sauté dans la voiture, écouté les cassettes de Led Zeppelin d'Aurélie, et il pleuvait et sur une nationale, Manu avait dit que les camionneurs étaient trop sympas parce qu'ils le prévenaient à cousp de clignotants quand la route était libre et qu'on pouvait doubler. On avait fait une halte en Mayenne pour déposer son linge sale chez ses parents (vers 5h00 du mat' je pense, sympa la vie de parents d'étudiant !), et il avait ramené un chiot dans la voiture et on avait bêtifié.
On décidait d'assumer tous nos goûts même les plus obscurs et étions donc fiers d'écouter Alizée.
On allait le plus souvent possible au Batchi dans l'espoir d'y croiser Etienne Daho (jamais vu).
On bricolait, on travaillait ensemble, on se donnait nos avis sur nos boulots, on s'encourageait, on se félicitait.
Une fois, il avait décidé de photographier la rue vue de dessus et donc on avait été sonner chez les gesn pour savoir si on pouvait prendre des photos depuis leurs fenêtres et ç'avait été possible.

On était dans la même classe à la fac, la classe des "C" parce que mon nom commence par un C. le sien par un D mais heureusement, le début des D alors on était dans la même classe. Je l'avais rencontré le premier jour, repéré dans un couloir (il m'avait plu), recroisé et justement j'étais perdue, et il se trouve que nous cherchions la même salle.
Le soir-même, il venait me préparer des pâtes carbonara chez moi parce que moi, avec une autre fille. Ce soir-là, c'était le bonheur.
On en a mangé des Pringles crème-oignon, ensemble.
Manu décidait des choses, avait des avis et s'y tenait. Il faisait des trucs. Et moi, j'étais fort aise de l'avoir rencontré et de profiter de son énergie. Il me donnait le sentiment de s'être posé là, de voir ce qu'il y avait à en tirer, et de préparer son prochain envol. Et d'ailleurs, c'est ce qui s'est passé, au bout de deux ans, il partait continuer ses études à Paris.
Il était excessif, il se passionnait pour les choses, s'enthousiasmait, trouvait tout génial, se plongeait dans ses intérêts à n'en plus se coucher la nuit. Il vivait, mais vraiment !
Penser à lui me ramène aussitôt aussi aux week-ends à Paris chez ma soeur, à Thomas Fersen, à la maison des parents de Béné à Saint-Brieuc dont la porte retsait toujours ouverte au cas où des amis passeraient quand ils n'étaient pas là, des petits mots des amis passés quand ils n'étaient pas là laissés sur le meuble de l'entrée, du salon assez poussiéreux et très confortable, avec plein de livres, donnant sur le jardin vert, avce des toiles d'araignées, et on avait écouté Brassens. Ca me rappelle des tas et des tas de chosolats chauds bus à rennes, Paris, ou peut-être ailleurs. Les PMU le matin, le bruit de la machine à café qui siffle je sais pas pourquoi mais c'est bien. Les gens qui parlent un peu fort, du coup.
Alors je regrette de ne pas avoir une odeur un peu plus piquante, une odeur de cigarette. Je regrette de ne plus aller dans les PMU.

Cette nuit, je repensais à tout ça, et je me disais que finalement, ce qu'on fait, ça compte peu, ce qui compte, c'est de faire des choses.

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Ca, c'est mon sourire forcé du samedi où mes parents m'ont laissée à Rennes. Je souris mais en vrai j'ai une boule dans la gorge et j'ai super envie de pleurer.

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Chez moi.

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L'escalier de chez Manu.

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La vue de chez moi (cette maison et son jardin...) : la lumière et l'odeur bretonne, qu'on imagine fort bien.

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Le domaine de Kerguéhennec.

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A droite, le bâtiment Mussat, fac d'arts-plastiques de Rennes.

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Kerguéhennec par Manu.

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Vue par la vitre arrière sur le parking du musée Robert T..





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dimanche 29 mars 2015

l'état d'esprit Lozère

L'état d'esprit Lozère, c'est quand je me sens comme la fois où on y est allés, et aujourd'hui j'avais l'état d'esprit Lozère et c'est très bon.
C'était en 2013, au printemps, il faisait un temps pire que merdique (de la pluie en permanence), mais j'avais posé mes congés et on devait chercher une destination de vacances, J. le grand et moi.
J'avais repensé à ma soeur et à son compagnon qui avaient l'habitude de louer un gîte avec cheminée et on s'est dit que c'était un bon critère. On avait décidé de louer quelque chose perdue au milieu de la nature, avec une cheminée.
Je me souviens de mon état d'esprit, les deux semaines précédant notre départ : j'y étais déjà.
On avait trouvé un gîte Clévacances qui faisait très gîte, ça se voyait sur le site qu'il allait y avoir du faucheux et de la dentelle (mais pas trop).
On avait regardé quelle météo on allait avoir et comme a priori c'était pluie pluie et pluie, on avait été chez Decath' s'acheter des bottes de pluie, je nous rêvais en Aigle mais le vendeur nous avait dit qu'on allait déraper dans la bouillasse, et qu'on ferait mieux de prendre des bottes de chasse, ce que nous avions fait.

L'était d'esprit Lozère, c'est en avoir rien à faire de la pluie parce qu'on est bien, là. C'est se sentir bien à l'intérieur. C'est être entre nous. C'est prendre soin du moment. C'est trouver la nature bien belle et agréable, même sous la pluie (et la neige le premier matin...) par un froid glacial.

C'est installer le petit-déjeuner sur la terrasse même si ça caille, pour profiter du rayon de soleil matinal.
C'est faire ses courses dans un Cora inconnu un matin de semaine et que ce soit désertique.
C'est acheter du pain dans la boulangerie du village qui ne ressemble pas à une boulangerie mais à une maison dans laquelle on aurait le droit de rentrer et qu'il y aurait quelques pains alignés là et qu'on pourrait en choisir un.
C'est superposer tous nos pulls pour ne pas mourir de froid.
C'est rouler dans la montagne et goûter à la verdure et au silence.
C'est rencontrer en une heure de trajet de nuit, un cerf, plusieurs faons, des lièvres...
C'est rester collés toute la soirée au feu de cheminée pour ne pas geler sur place.
C'est goûter la saucisse locale qui se révèle être aux tripes et au chou et que j'ai eu envie de vomir (en plus j'étais enceinte, j'avais la papille sensible).
C'est une odeur spéciale, l'odeur de la Lozère et du gîte en Lozère.
C'est un truc que j'ai du mal à définir et à décrire, mais ce qui est sûr c'est que je l'ai déjà ressenti dans des crêperies bretonnes.
C'est lié à la pluie et au froid, et en même temps au sentiment d'être au bon endroit au bon moment avec les bonnes personnes.

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lundi 16 juin 2014

 

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Je comprends qu'il ne faut pas se définir soi-même, il ne faut pas dire "je suis comme ceci, je suis comme cela", parce qu'alors on ferme soi-même la porte de sa prison, on jette soi-même la clef par la fenêtre. Je comprends que se connaître, ça veut dire s'écouter, s'accepter, s'entendre soi-même. Et ça fait que comme le drapeau qui se meut à chaque instant, et bien on est changeant, selon des humeurs, des émotions, des sentiments, des circonstances, mais le terreau au fond de nous et bien c'est ça, nous. C'est une sensibilité, des convictions, peut-être des principes, des expériences, des goûts et des dégoûts. On se découvre en toutes circonstances. On se rencontre soi-même à chaque coin de rue. On peut réagir au plus près de nos sensations puis se dire ensuite "ah ouais, je suis comme ça moi ?" et en retirer de la fierté. Alors, on devient également responsable, parce qu'on a choisi, on peut assumer ce qu'on a dit ou fait. On est parfait pour soi, pas pour plaire aux autres.

Et là, à l'instant, mais non, pas à l'instant, puis que ça a eu largement le temps de germer, et bien je me dis qu'il va être temps de partir de Bruxelles. Il va falloir inventer autre chose.

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mercredi 7 août 2013

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Hier soir, je me suis sentie très bien chez moi, aujourd'hui je me suis sentie très bien dans moi. Cet après-midi, j'ai pensé au détour d'un manuel scolaire à Bubble Lady, la chanson de Camille, et je me suis sentie remuée. A l'intérieur de moi d'ailleurs ça remuait sérieusement.
Ce soir, en revenant à la maison, il pleuvait dehors, il faisait sombre dedans, on a allumé les bonnes lumières, on a lancé un risotto, on a mis Bubble Lady et je me suis sentie profondément bien, le genre de sentiment parfait qui ne m'était pas arrivé depuis longtemps, une plénitude, le sentiment que chaque pièce de puzzle avait trouvé sa place, et ça m'a fichu une boule dans la gorge, mais de bonheur.

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vendredi 22 février 2013

le choix de l'optimisme

Un jour vers la fin de l'année 2012, j'ai lu un article sur internet, c'était un philosophe super connu mais je ne me souviens plus lequel (mais pas le mari d'Arielle Dombasle en tout cas) qui disait sur je ne sais plus quel site (j'ai de super sources) qu'en fait, à son avis, la fin du monde ou plutôt la fin de l'homme était déjà en marche, qu'on courait à la catastrophe et que la fin du monde c'était pas forcément une énorme explosion un beau jour, que ça pouvait être quelque chose qui se passe à petit feu, l'extinction de beaucoup d'espèces, la nature qui répond à nos actes, des riches qui veulent plus de sous et des pauvres qui se battent pour une miette de baguette (je romance comme ça, c'était pas dit comme ça).

Et puis en ce moment, comme j'ai un petit fond optimiste, je repense au livre génial Résister c'est créer de Florence Aubenas et Miguel Benasayag, que j'avais lu dans notre lit, dans la lumière du vélux de notre précédent appartement. Le livre qui fait devenir responsable, qu'après l'avoir lu on a envie de prendre les choses en main, de devenir vraiment citoyen, de se bouger le fessier, d'agir localement mais d'agir, de devenir tous de vrais politiciens quoi.
Et donc, je tombe par-ci par-là sur des nouvelles qui me font penser qu'en fait, on est peut-être en train de vivre la fin de l'humain, mais on est aussi en train de vivre un bon début de révolution, c'est moi qui vous le dis.

Sur facebook, j'ai dit J'AIME aux Incroyables Comestibles et depuis, très régulièrement, dans le flux de mes infos facebookiennes, et bien j'apprends qu'une nouvelle ville participe, que de nouvelles personnes ont décidé de faire potager commun avec le monde entier, de planter des poireaux et des carottes disponibles aux passants au bord de leur terrain. Il y a même des endroits où les légumes poussent dans les bacs à fleurs de la ville (dans les rues piétonnes pas polluées). Et hop, +5 de moral sur l'échelle de Richter du moral.

J'ai découvert la Super Supérette qui propose des recettes joyeusement partagées pour réaliser chez soi ses aliments industriels préférés, sans les ingrédients non comestibles qu'il y a normalement dedans. A nous le Nutella maison, les Tuc fabriqués à la main, le Napolitain poli. Génial !

Sur le blog du Monde une année en France, j'apprends qu'à Poitiers, les étudiants se sont organisé une petite épicerie pas chère du tout pour les plus démunis d'entre-eux, j'apprends que dans un village français, on a construit une maison pour un homme qui vivait dans un mobil-home, je lis que deux classes de 5ème d'un collège sont embarquées dans une aventure d'opéra et sont enthousiasmées de découvrir Paris et l'opéra Garnier. Je lis que des gens cultivent des graines interdites et en font des échanges secrets pour retrouver la diversité.

J'entends aussi parler de gens qui se manifestent pour préciser leur désaccord quant à l'érection d'aéroports ou de choses comme ça.

J'entends que la Stib a compris que beaucoup de gens prennent les transports en commun et que par conséquent il faut en augmenter la fréquence de passage.

Les poêles en fonte existent.

Il me semble que de plus en plus de gens ont envie de tricoter, coudre... Les friperies sont réputées et dévalisées. L'armée du Salut, les Petits Riens, Emmaüs, sont à la mode.

Dans les produits Delhaize, il y a parfois moins de conneries que dans les produits dits de marque.

J'ai vu des moineaux en ville.

Les hommes dits politiques sont de moins en moins crédibles, non ? J'ai l'impression qu'on va enfin pouvoir les laisser gesticuler entre eux et passer aux choses sérieuses entre nous.



edit du lendemain matin au réveil : je me disais bien que j'avais oublié plein de trucs ! ça me revient ce matin !

Il y a les petits vieux qui choisissent la colocation plutôt que la maison de retraite (moi qui n'ai jamais fait de coloc', je m'dis que ce sera pour mes vieux jours) et qui jardinent ensemble, se baladent en groupe sur les chemins de campagne.

Il y a un magasin où rien n'est à vendre et tout est à donner (et je crois qu'il existe aussi des vide-greniers comme ça).

Il y a le Bon Coin qui a un succès d'enfer (lisez cet article, il file la pêche !).

A Bruxelles, il y a Precare, qui met en relation des propriétaires de locaux innocupés avec des gens qui ont besoin d'un local pour faire un truc (un atelier d'artiste, une salle de spectacle...).

En Belgique (mais aussi en France maintenant), il y a la Smart, une association qui permet aux artistes de ne pas travailler au noir, d'avoir des droits (les mêmes que ceux de n'importe-quel employé), de payer des impôts, d'être sûrs d'être payés pour leurs prestations, et beaucoup d'autres choses. Ca marche super bien...

Il y a aussi le groupe Google Thalys pas cher, que j'ai testé en tant qu'acheteuse mais aussi en tant que revendeuse de billets, et en fait c'est hyper agréable d'avoir un billet pas cher au dernier moment, et en plus de rencontrer des gens qu'on n'aurait pas rencontrés sinon. L'échange a été plutôt bref mais chaleureux dans mes cas, tout le monde est content. Une fois, un mec m'a même prêté sa carte Thalys pour pas que je me prenne une amende. J'avais été sa femme pendant deux trajets.

Et puis il y a un de mes collègues qui trouve que l'écologie c'est du blabla, et que j'ai vu l'autre jour s'interroger sur la poubelle appropriée pour y mettre sa brique de soupe (vide) (et il l'a mise dans la bonne poubelle).

On peut aussi signer des pétitions en ligne pour le mariage homosexuel (maintenant c'est bon), pour dire qu'on veut un audit de la dette plutôt que l'austérité,  pour protéger les abeilles.

Et puis ça, ça me rend heureuse aussi...

Posté par couac couac à 22:25 - - Commentaires [20] - Permalien [#]