mercredi 22 avril 2020

confinement sans fond

Ce matin au réveil, J. était déjà parti et ma petite inquiétude de la journée sans lui n'avait pas disparu.
J'ai calculé avant de me lever, qu'il allait rentrer dans 11h30, ça faisait très long.
Joachim était à fond, alors après le p'tit dej' et la vaisselle, nous sommes sortis nous balader. Il n'avait pas franchi les remparts de l'immeuble (et de son parking) depuis le 14 mars... Il était radieux et ravi. On a pris la trottinette, et nos masques dans mon sac, mais pas sur nos figures parce que j'ai trouvé ça vraiment horrible hier... Et comme on ne croise jamais personne dans toutes ces petites rues résidentielles... Je les ai pris au cas où tout à coup il y aurait foule. Il n'y avait pas foule. On a trouvé un morceau de verdure au milieu du stade, il a couru sur des pentes herbues, moi je l'attendais en plein cagnard, il n'y avait pas un arbre à l'horizon mais de l'herbe partout et des insectes qui vrombissaient, tout de même. On était à côté du gymnase pas loin de chez nous, avec un peu de chance, le portail serait ouvert et on pourrait couper à travers le terrain d'athlétisme pour être à la maison en deux temps trois mouvements... Cool, le portail était ouvert ! Alors on l'a franchi, on a longé les maisons, les terrains de tennis, le terrain de foot... mais arrivés au terrain d'athlétisme, il y avait un autre portail, fermé. Alors qu'il ne restait presque plus de temps et que presque, on voyait chez nous à travers les barreaux de la porte... On a du refaire tout le trajet à l'envers, morts de chaud dans le soleil de midi (et je n'avais pas pensé à prendre une gourde). En plus, je me suis rendu compte qu'on avait tous les deux touché à la clenche de la porte, et bien sûr, c'est là que mes cheveux se sont mis à me rentrer dans la bouche toutes les trois respirations, et qu'un insecte débile s'est posé au bout de la langue de Jo, qui bien sûr l'a jeté dehors à pleins doigts (et tout ça ne serait pas arrivé si on avait porté nos masques...). Et je visualisais, dans ce retour pressé et trop chaud et assoiffé, en plus, tous les microbes qui étaient en train de ricaner bêtement dans nos bouches, sur nos joues, et sur mon nez (qui me grattait, bête nez), je pensais à ma sage-femme qui allait me dire "mais enfin Elisabeth, on avait dit "sortie quotidienne mais avec masque ?!"". C'était horrible.
Heureusement que Jo m'a laissé faire un temps calme de 45 minutes après les pâtes au comté (j'entends ses pieds qui galopent jusqu'à ma chambre, je le sens se pencher sur le lit, je sens sa présence à côté de moi, j'entends sa respiration forte, mais il ne dit rien puis il repart (parfois en bougonnant pour lui-même "ah non, elle dort encore")).
Mais ce soir, alors que je lisais Les Petits Mégots (de Nadia et Zaü) à Joachim, mon téléphone a sonné, c'était J. qui a dit à Jo qu'il me rappellerait plus tard, si on était en train de lire l'histoire du soir. Alors je l'ai rappelé une fois Joachim au lit. Et là, merveilleux : il m'a annoncé qu'il avait loupé son train, l'unique train du soir. Vivement demain.

Posté par couac couac à 22:12 - - Commentaires [11] - Permalien [#]