Il y a un truc que j'ai eu plusieurs fois envie d'écrire, qui me démange. Ca n'a rien à voir avec ce blog mais comme c'est un endroit où je peux écrire en sachant que je vais être lue, je vais quand même l'écrire ici. Plusieurs fois j'ai eu envie d'en parler, mais c'est délicat, et puis je ne sais pas trop par où commencer...

Je garde mon fils. Ca veut dire qu'il ne va pas chez une nounou, il ne va pas à la crèche. Au départ ce n'était pas un choix, on voulait qu'il aille à la crèche, on l'y a inscrit dès mon deuxième mois de grossesse, mais on n'a pas eu de place et finalement, nous nous sommes rendu compte que nous étions heureux de cette situation et que nous allions non seulement nous en accomoder, mais même en profiter. Nous nous sommes organisés, J. le gardait le matin pendant que j'étais au boulot, et l'après-midi on échangeait.
Et puis on a déménagé à A., J. s'est mis à bosser à plein temps (voire plus) et moi donc à garder le Petit J. à plein temps (voire plus). Au départ, à A., j'ai souffert de cette situation, je ne m'y retrouvais pas, il y avait bien moins de choses à lui faire faire qu'à Bruxelles et j'étais à court d'idées pour lui faire voir des choses nouvelles. Ca m'a obligée à me dépasser (parce qu'il avait pris l'habitude à Bruxelles d'être tout le temps dehors à voir plein de trucs et était donc très demandeur), je me suis payé une carte IGN pour l'emmener en grandes balades, on a pris le plan de la ville offert par la mairie et on a marché dans toutes les rues, testé toutes les aires de jeux, on a été frapper à la porte d'associations, rencontré un tas de parents et d'enfants... Aujourd'hui, cette situation me convient, elle me plaît. Je suis bien avec lui, j'aime notre petite vie, même si bien sûr il y a des jours sans, je suis heureuse. J'ai trouvé du temps pour moi, et je ne me lasse pas de ce temps que nous partageons.

Garder son enfant soi-même, ça ne veut pas dire passer toute la journée à la maison, repasser du linge devant la télé allumée en fond sonore, et voir son enfant trainasser toute la journée en disant "je m'ennuie, pffff...". Pas dans mon cas en tout cas.
Bien souvent, on fait une sortie le matin et une sortie l'après-midi. Le matin, Joachim se réveille à l'heure qu'il veut, il prend tout son temps pour petit-déjeuner, et souvent il lit des livres dans le fauteuil, ou joue, pendant que je prends ma douche (que je préfère ne pas prendre pendant qu'il termine sa nuit, je gagne ainsi du temps pous bosser). Quand nous sommes tous les deux prêts, nous sortons, faire une course, marcher dans la nature, jouer à une aire de jeux, lire à la bibliothèque. Il y a le jour où il va à la gym. Nous cuisinons, aussi, beaucoup, et nous lisons beaucoup d'histoires. L'après-midi, après sa sieste, nous voyons nos copains, nous faisons absolument tous les jours une balade, quel que soit le temps qu'il fait. Il y a une maison verte à A.. Il nous arrive aussi très régulièrement d'aller nous balader à Lyon, d'aller y voir des expos.
A Bruxelles, nous avions tous les jours une activité dédiée aux petits et organisée à l'extérieur : lecture à la biblio, maison verte, baboes, séance de psychomotricité libre... Nous habitions juste à côté du parc Royal et de sa super aire de jeux arborée. C'était extra et tout ça nous a manqué à tous les trois en arrivant à A.... Je pense même que ça a été la principale difficulté de notre déménagement. Malgré le fait qu'il n'était pas gardé à l'extérieur de la maison, Joachim avait tissé des liens avec tout un tas d'adultes et d'enfants qu'il adorait retrouver. Ce n'était pas seulement les intervenantes et les participants de toutes ces structures pré-citées, c'était aussi la nana qui tenait le snack en bas de chez nous et avec qui nous discutions immanquablement en sortant de l'immeuble (et que Joachim adorait), c'était mes ex-collègues qui gagataient avec lui, des vendeurs qu'on connaissait bien, des copains...
A A., l'offre était forcément plus limitée et ça a été un peu difficile de recréer un réseau mais nous y sommes arrivés, et Joachim voit des enfants, des adultes, des gens qu'il connaît, ou pas, absolument tous les jours.

Et pas seulement la caissière du supermarché ! Il connaît le vendeur du magasin de pêche qui lui a appris les noms des différents hameçons existants, toutes les femmes qui gèrent la maison verte de A., tous les copains que nous nous sommes faits et leurs enfants, il ya  aussi le prof de gym que Joachim adore, et les enfants et autres parents présents au cours. Il y a le boucher, les gens de l'AMAP qui ne manquent jamais de nous taper la causette, les boulangers, les coiffeuses qui lui font coucou par la fenêtre quand on passe devant leur salon de coiffure, les autres randonneurs, souvent des retraités quand on marche en semaine, ravis de croiser un si jeune marcheur...
Tout ça pour dire que si mon enfant ne va pas à la crèche, ce n'est pas pour autant qu'il est isolé, seul, qu'il s'ennuie, qu'il déprime, qu'il dépressionne.

Si vous saviez, depuis deux ans et demi, le nombre de fois où on me dit le plaindre parce qu'il reste à la maison avec nous/moi... Dès que j'ai repris le travail après sa naissance en fait (il avait trois mois et c'était donc son père qui le gardait au chaud à la maison), il y avait déjà des gens pour me dire que c'était mal pour lui, qu'il allait s'ennuyer, qu'on ne saurait pas aussi bien le stimuler que des pros, qu'on faisait le mauvais choix.
Ca a perduré, c'est régulier, récurrent ces remarques. ce qui fait que je démarre au quart de tour maintenant dès qu'on discute crèche, nounou/garde parentale, même avec mes amis, c'est un sujet ultra sensible pour moi.

J'aime les enfants, je m'entends hyper bien avec mon fils et j'ai le désir profond de profiter de sa présence un maximum avant qu'il ait envie d'aller voir ailleurs si j'y suis. Nous sommes bien tous les deux (trois), nous nous entendons bien, nous partageons des centres d'intérêt et nous satisfaisons de plaisirs communs. On m'a déjà dit que c'était égoïste, que je pensais à mon plaisir avant de penser à son bien-être (mais oui on m'a dit ça !), je pense qu'il faut redescendre sur terre, que les enfanst à la crèche sont certainement très heureux mais les enfants à la maison tout autant, tant qu'on les laisse expérimenter, qu'on les sort, qu'on leur montre des trucs... Il n'y a pas UN bonheur, il y a des expériences différentes. Ce n'est pas parce qu'un enfant ne va pas à la crèche qu'il est coupé des autres enfants, ça veut juste dire qu'il ne passe pas ses journées entières avec eux... Mais moi il est aussi assez rare que je passe des journées entières avec d'autres adultes (à part J., et encore !) et pourtant je vais bien ! J'ai même besoin, souvent, d'être tranquille.
Je suis heureuse de partager ce temps avec mon fils, de lui expliquer le respect, la politesse, les détecteurs de mouvements des portails, pourquoi on ne tape pas, ce que c'est qu'un panneau solaire et à quoi ça sert une auto-école. Ca ne me pèse pas, je le fais avec plaisir et même gaieté.

En juillet, il va aller à la crèche, on s'est dit Grand J. et moi que ce serait mieux de tenter de ménager une transition avant l'école, et il se trouve qu'on a eu une place... C'est le pompon. Les gens se lâchent et tout le monde m'explique que "ah ça va lui faire du bien !"(c'est un grand timide) "ah, enfin !"(et pourtant je trie sur le volet les personnes avec qui je dicute de ça vu que c'est un sujet sensible !). !!!

Ce matin, je devais prendre rendez-vous quelque part pour lui, le lieu est dans ma rue, je décide donc de ne pas téléphoner mais de me rendre directement sur place. La dame de l'accueil me demande si il va à la crèche, je lui réponds "non. enfin... il ira en juillet !" et là, elle me dit "ah, c'est mieux !" puis face à mon air offensé, elle ajoute "oui, la crèche vous savez, c'est très important pour les petits, pour la socialisation !".

Voici quelle est la définition du mot "socialisation" sur la page internet du Larousse : "Processus par lequel l'enfant intériorise les divers éléments de la culture environnante (valeurs, normes, codes symboliques et règles de conduite) et s'intègre dans la vie sociale.".

Ce n'est pas parce que mon enfant ne va pas à la crèche qu'il ne socialise pas ! Il n'a que deux ans et demi, sa vie n'est pas faite, sa personnalité non plus. Sa vie n'est pas fichue parce qu'il a été gardé en majeur partie par ses parents. Ce n'est pas de l'emprisonnement, de la séquestration de choisir de garder son enfant soi-même. Ce n'est pas d'avoir été ou pas à la crèche qui fait des enfants épanouis ou pas.

Autant je me suis sentie très peu atteinte par les commentaires de ceux qui trouvaient ça exagéré que je l'allaite encore à douze mois, autant en commentant ce choix-là, c'est notre choix de vie qui est remis en question, et c'est notre capacité à prendre les bonnes décisions pour notre enfant qui est mise en doute et c'est extrêmement méprisant et suffisant.

Voilà, c'est tout j'avais envie de le dire ;-) (ça va mieux !)