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Et trois mois. Et tout a changé.
Au début, il faisait sombre, il pleuvait, le jour se couchait à 15h30, on se couchait à 2h30, je me levais à 12h30, le bébé pleurait, on ne savait pas pourquoi, je l'aimais tant que j'avais peur de lui, j'étais sonnée de ce qui m'était tombé dessus, j'étais estomaquée, j'avais les bras coupés, j'avais peur (peur de le nourrir, peur de sortir, peur qu'il soit affamé, peur qu'il ne s'arrête plus jamais de téter, peur de voir ma vie filer aussi vite que les heures, peur de voir que les heures filant, son minuscule âge filait aussi, peur de me rendre compte que chaque jour il avait un jour de plus alors que je comptais son âge en jour et que du coup il me semblait vieillir très vite), j'avais le vertige, j'étais perdue, j'étais nostalgique (nostalgique de la liberté d'avant (le vendredi soir : "tiens, on se fait un cinoche ?", le vendredi nuit "tiens, on se fabrique une pizz' ?, le mardi à 22h30 "tiens, on allume la téloche ?", le mercredi à 8h30 "tiens, si je lisais un blog ?"), nostalgique de la grossesse).

Des fois encore, je m'assieds dans mon fauteuil et je regarde tout chez moi et je me dis "qu'est-ce-qui n'a pas bougé depuis le 19 novembre ?" et je fouille tout du regard mais ça devient dur de trouver des trucs. Il y a un sac rouge derrière l'étagère de notre chambre, les pailles dans le placard de la cuisine). Et je me dis "quand j'étais enceinte, ce truc était déjà là. Il n'a pas bougé. Tout a bougé mais pas lui. Quand j'accouchais, quand j'étais possédée par les contractions, quand j'ai poussé et que je suis devenue mère en voyant une vraie personne sortir de moi, ce truc était là, il ne bougeait pas". Quand je traverse une rue, je me dis "pendant que j'accouchais, ce feu a continué de devenir vert puis rouge". Je pense au fait qu'on était cinq dans la salle d'accouchement, tout à coup on a été six et alors j'ai réalisé qu'il y avait eu une vraie personne dans moi, et puis j'ai visualisé cette salle où on était juste cinq et où tout à coup on a été six, et c'est là que le vertige a commencé, qui ne s'est plus jamais arrêté. Ca arrive à plein de femmes, on dit basiquement"tiens, Machine a accouché" mais en fait c'est une révolution à chaque naissance et rien que d'y penser j'ai le coeur qui bat plus fort. C'est un basculement, une chute, un retournement, une hallucination, un big bang, presque de la science-fiction, de penser que quelqu'un de bien vrai, avec des coudes, des yeux, des ongles, quelqu'un qui bouge et qui pense et qui ressent, a été en soi et en est sorti. Et puis l'accouchement, c'était tellement incroyable comme expérience (vraiment oui, les contractions, plus que de douleur je parlerais d'habitation. Elles nous habitent, nous possèdent, on ne maitrise plus rien du tout... Enfin moi c'est comme ça que je les ai vécues (même si ça m'a fait mal hein, mais ce n'est pas ça qui m'a le plus marquée)), en fait ça arrive à tout un tas de femmes chaque jour d'accoucher mais à chaque fois c'est un miracle ou quelque chose comme ça. Ca a l'air cucul mais c'est vraiment ce que je pense, trois mois plus tard... On a envie de le dire autour de soi" il m'est arrivé un truc de ouf", mais en fait c'est compliqué, ça semble presque banal alors que c'est loin de l'être... Aujourd'hui, toutes les femmes me semblent être des héroïnes. Je voudrais le revivre mille fois.

Et puis maintenant, il y a eu la reprise du travail, la fatigue qui va avec, le bébé qui fait mille sourires, qui joue, qui se manifeste, qui dit qu'il est content ou pas content du tout. Le moment que j'aimais le moins pendant mon congé maternité, le lever du matin, est devenu mon moment préféré avec mon moment préféré de pendant mon congé mat' (le soir, le rituel du coucher). Deux moments bien paisibles, joyeux. Le matin, maintenant, quand mon réveil sonne, je me lave sans tarder (comme ça c'est fait) pendant que le bébé fait "schgling schgling" en faisant grelotter le grelot qui est accroché au chien au bord de son lit. Je sais alors que J. se lève, que le bébé sourit jusqu'aux oreilles en le voyant parce qu'alors ça veut dire qu'on va enfin se bouger les fesses et s'occuper de lui alors que ça fait une plombe qu'il nous attend en s'enquiquinant dans son lit. Il faut l'habiller sinon il pleure, il n'aime pas petit-déjeuner en turbul'. Ensuite, on mange tous les trois ensemble et ensuite, pendant que je me lave les dents, J. le grand change la couche du petit et c'est un moment festif où nous on chante n'importe-quoi (mais en particulier ça (parce que le modèle de couche choisi s'appelle "flip" et que c'est difficile de ne pas y penser)) et où lui se marre mais se marre !!! Sans bruit mais quand même, il se marre.

Ca me fait partir au boulot le pas assez léger.